APPRENDRE À APPRENDRE

Psychologie générale

Par Luc Sévigny et Josée Jobin

Student-Studying

Il est souvent advenu dans notre pratique qu’il soit question « d’apprendre à apprendre ». Un client qui a un cours à suivre, un examen à passer. Un retour aux études. Il arrive souvent que l’on doive donc réapprendre à apprendre. Les études formelles sont loin derrière. « Je suis sorti de l’université il y a 15 ans… ». « J’ai terminé mon secondaire V il y a … ». Lors de ces périodes de vie, nous sommes généralement motivés à réussir. L’adolescent qui va à l’école «parce qu’il le faut bien» est souvent moins motivé. Lorsque, une fois adulte, nous retournons aux études, nous sommes généralement motivés et proactifs. Nous voulons faire notre maximum et rentabiliser notre temps d’étude.

Ce présent texte veut donc répondre succinctement à certaines préoccupations. Donner quelques pistes concrètes. Ce texte ne se veut pas une étude, une recherche exhaustive des différentes mécaniques intellectuelles et psychologiques de l’apprentissage. Le goût de partager certains trucs, certains outils, certaines attitudes qui sont pertinents et qui pourraient être aidants, m’anime.

LA GESTION DU CORPS

J’inclue ici le paramètre corporel parce que le corps est la base de notre réussite. Nous ne pouvons pas avoir une psyché en santé dans un corps qui ne l’est pas. Si je veux me donner les meilleures conditions pour rentabiliser mon cerveau, je me dois de considérer mon corps dans son ensemble, globalement.

L’alimentation : Pour me donner ces «conditions gagnantes», je dois commencer par bien m’alimenter. Légumes. Fruits. Poissons. Pas trop de sucre, ni de sel. Pas d’alcool ou de psychotropes. Oméga 3. Il y a des règles, que l’on retrouve dans le langage populaire, qui ne sont que sagesse. Par exemple « un esprit sain dans un corps sain » est une règle qui est vraie et qui n’est plus à prouver. Je vais toujours avoir davantage de difficultés à me concentrer si je reviens régulièrement d’un souper arrosé. Je n’ai donc qu’à prioriser entre le souper arrosé et l’examen du lendemain… Si vous priorisez le souper arrosé, vous devrez assumer les résultats de l’examen…

Évidemment, éviter les psycho-stimulants comme la boisson gazeuse ou le café à l’excès ou trop tard dans la journée qui pourrait affecter le sommeil.

Boire beaucoup d’eau. On dit que l’on devrait boire près de deux litres d’eau par jour. Le corps et le cerveau humain sont majoritairement constitués d’eau.

L’exercice physique : Pour me donner ces « conditions gagnantes » et pour continuer dans l’esprit de la règle «un esprit sain dans un corps sain», je vais faire de l’exercice physique et toujours faire le cardio en priorité. En ce 21ième siècle, nous avons un mode de vie beaucoup plus sédentaire que ce pourquoi le corps humain est conçu. Depuis 50,000 ans, la technologie s’est beaucoup plus développée que le corps humain. Le corps n’a pas changé. Nous avons donc, pour la plupart d’entre nous, des emplois et des vies en général qui sont beaucoup plus sédentaires que la vie de l’homo sapiens d’il y a 50,000 ans. Nous passons beaucoup plus de temps assis que ce pourquoi le corps humain est conçu. Nous devons donc compenser en ajoutant de l’exercice physique à notre agenda. Ainsi, notre corps, nos glandes, notre cerveau vont sécréter ce qu’ils sont sensé sécréter. Le coeur sera plus en forme. Le cerveau sera plus en forme. Etc.

Dans ce sens, je lisais dernièrement, que l’homme moderne a perdu 20% de sa densité osseuse par rapport à la densité osseuse de l’homo sapiens que nous étions il y a 12,000 ans. Cette perte de densité osseuse se serait faite depuis l’avènement de l’agriculture il y a 12,000 ans. La révolution néolithique. Un article très intéressant sur ce sujet en cliquant ICI.

 

Il va sans dire que la perte de forme physique dont nous parlons ici va bien au-delà de cette perte de densité osseuse entamée il y a 12,000 ans. Notre style de vie occidental va sans cesse en se sédentarisant depuis l’industrialisation du début du 20ième siècle et ne fait que s’accentuer.    C’est à nous d’y voir, individuellement.

Le sommeil : Eh oui, j’aurai intérêt à gérer sainement mon sommeil. L’insomnie peut être dévastatrice. Le corps humain se récupère de deux façons : par l’alimentation et par le sommeil. Si je ne dors pas suffisamment ou si mon sommeil est de mauvaise qualité, mon corps en sera affecté. Le fonctionnement de mon cerveau en sera affecté. Ma mémoire. Mes fonctions cognitives. Etc.

 

Qu’est-ce que je fais pour m’aider à mieux dormir ? Voici quelques règles de base qui sont généralement reconnues quant à la saine gestion du sommeil.

Préparer le coucher en ne faisant pas d’activité stimulante une heure ou deux avant d’aller au lit (ordinateur, lecture stimulante, etc.). Faire des choses apaisantes. Prendre un bain chaud. Lire un livre qui ne demande pas de concentration ou qui n’est pas (trop) stimulant. Je ne lirai jamais un livre de psychologie ou de sujets qui me passionnent juste avant de me coucher. Insomnie assurée.

Il est fortement suggéré de ne pas lire au lit. Le rationnel de cette règle est que je veux que mon cerveau associe le lit au sommeil. J’enseigne à mon cerveau que lorsque je suis au lit, c’est pour dormir. Si je veux lire avant de me coucher, je le ferai donc ailleurs. Ainsi, le cerveau fera des associations claires entre le lit et le sommeil, entre la chaise et la lecture.

 

Savoir combien d’heures de sommeil il me faut. Sachant cela, je vais me coucher à telle heure pour me lever à telle heure. Par exemple, si je sais que j’ai besoin de huit heures de sommeil par nuit et que je veux me lever à six heures, je vais donc me coucher à 21:45 heures pour éteindre les lumières à 22 heures. Ne pas flâner au lit trop longtemps avant d’éteindre les lumières et ne pas traîner au lit trop longtemps le lendemain matin une fois réveillé. J’essaie de « compresser » mes heures de sommeil le plus possible. Pas de farniente au lit avant ou après et pas de sieste dans l’après-midi. Ce temps de farniente ou de sieste hypothèque mon temps de sommeil nocturne.

Si vous souffrez d’insomnie, nous avons inclue un texte qui porte spécifiquement sur ce sujet («Nos insomnies…») et que vous trouverez en cliquant ICI.

Si ces règles de base ne suffisent pas pour vous aider dans votre sommeil, vous pouvez lire l’excellent livre de Charles Morin «Vaincre les ennemis du sommeil» aux éditions de l’homme (1997).

LE TEMPS D’ÉTUDE

 

Lorsque j’étudie, je vais gérer mon cerveau avec ses forces et ses faiblesses autant en termes qualitatifs qu’en termes quantitatifs. Explications.

À chaque jour, je dirais même à chaque période d’étude, je ferai un exercice de ce que nous appelons aujourd’hui « pleine conscience ». Je suis en forme à 100% ou à 70% ou à 50% ? Je suis en forme pour apprendre par coeur ? Pour lire et faire des liens ? Pour transcrire des notes ? Je suis en forme pour étudier 1 heure, 2 heures, 6 heures ?

Afin de clarifier tout cela (ou d’essayer de clarifier tout ça), je prends l’analogie du chef d’orchestre qui est devant son orchestre pour les répétitions en vue du prochain concert. Le chef prend l’orchestre avec ses forces et ses faiblesses et non pas comme il voudrait qu’il soit ou non pas comme il pense qu’il est. Il sait qu’il est devant un orchestre moyen, un orchestre amateur ou un grand orchestre brillant. Il sait par exemple que l’orchestre devant lui a de très bonnes sections de violons mais que les bois sont plus faibles. Il organisera donc son temps de répétition en fonction de ces forces et faiblesses. Passer davantage de temps avec les bois. Passer du temps avec les violons mais surtout (ou uniquement) sur certains passages particulièrement difficiles. Il gère son temps de répétition à partir de l’orchestre qu’il a devant lui. Le parallèle est que je vais gérer mon temps d’étude en fonction de mon état du jour. En fonction de l’état de mon cerveau ce moment-ci. Je devrai donc, pour ce faire, faire régulièrement des exercices de présence ou de pleine conscience. Accueillir ce qui est et adapter ma façon d’étudier à cet état. Adapter mon temps de répétition à partir de l’état de mon orchestre. Dans ce sens, l’exercice de la pleine conscience va m’aider à prendre conscience et à accueillir ce qui est, à m’accueillir tel que je suis.

À partir de ces prises de conscience de mon état, de mes capacités du moment, je vais par exemple étudier en prenant des pauses. Je n’étudierai pas 6 heures sans m’arrêter si je ne peux pas rester concentré. Si ma concentration me permet d’étudier des blocs de cinquante minutes suivis de pauses de dix minutes, c’est ce que je ferai. Si ma concentration ne me permet que d’étudier pendant des blocs de vingt minutes avec des pauses de dix minutes, c’est ce que je ferai. Peut-être que plus tard dans la journée, je serai capable d’allonger mes blocs d’étude… Généralement, il est recommandé de faire des blocs de 50 minutes d’étude et des pauses de 10 minutes même si nous avons le sentiment de pouvoir en faire davantage. Ne pas épuiser le corps, le garder au meilleur de sa forme.

Lorsque je fais une pause, qu’elle soit de 5, 10 ou 15 minutes, je me lève de ma chaise et je vais faire autre chose. Boire de l’eau. Respirer de l’air à l’extérieur. Parler au téléphone, etc. Que le cerveau se repose quelques minutes, fasse autres choses quelques minutes. Ce faisant, je fais aussi en sorte que mon cerveau associe ma chaise et mon espace d’étude à l’étude et non pas à autre chose. Lorsque j’ai terminé mon temps de pause, je reviens à mon poste de travail et je reprends le travail.

Si je tombe dans la lune lorsque j’étudie, je vais simplement revenir à mon étude à chaque fois que je tombe dans la lune (comme lorsque l’on médite). Si cela continue de se produire, je vais utiliser une feuille blanche sur laquelle j’écrirai un crochet à chaque fois que je tombe dans la lune (). Le simple fait de cocher mes moments de déconcentration aidera mon cerveau à demeurer concentrer. Habituellement, nous constatons que, de jour en jour, il y a de moins en moins de crochets sur la feuille.

N’oubliez pas que le cerveau est comme un muscle qui se réchauffe et que l’on entraîne. Ma concentration sera habituellement meilleure à la deuxième heure qu’aux premières 5 minutes.

Si je lis et que je décroche, que je me rends compte que je ne me souviens pas ce que je viens de lire, peut-être que je lis plus rapidement que ce que ma concentration du moment me permet. Ralentissez votre vitesse de lecture. Allez au mot-à-mot. Ça devrait aller mieux et dans quelques minutes  vous pourrez probablement lire plus rapidement de nouveau en améliorant votre rythme progressivement.

Je vais aussi toujours organiser mon temps de travail en fonction du moment de la journée et de mes capacités à ce moment. Très souvent cela va ressembler à faire le travail plus intellectuel en début de journée. Je vais garder le travail plus manuel, comme recopier mes notes, pour la période de la journée où le cerveau fonctionne moins bien… en soirée par exemple.

Toujours commencer votre étude tôt dans la session. En commençant plus tôt, vous pourrez réviser davantage. Vous pourrez relire 2-3 fois. Ainsi, le cerveau pourra davantage faire des ANCRAGES COGNITIFS et retenir davantage. La mémorisation sera meilleure et à plus long terme.

Pour illustrer ce point, imaginez que vous lisez un livre qui porte sur un sujet dont vous ne connaissez absolument rien. La lecture que vous faites sera très difficile à retenir, à mémoriser parce que le cerveau ne peut faire d’ancrages cognitifs à quoi que ce soit d’autre. Il n’a rien lu auparavant sur ce sujet et ne peut donc associer ce que vous lisez à quoi que ce soit d’autre. Si on se permet la métaphore, il n’a rien sur ce sujet dans ses fichiers, sur son disque dur… Donc, si je lis en début de session un livre sur un sujet que je ne connais absolument pas, mon cerveau aura davantage de difficulté à retenir. Par contre, lorsque j’en ferai une re-lecture plus tard dans la session, mon cerveau l’aura déjà lu une fois et aura du matériel pour faire ses ancrages cognitifs. Ses ancrages seront plus solides et il pourra mémoriser davantage et à plus long terme.

Dans la salle de cours, je vais toujours m’asseoir au devant de la classe. Dans les 2-3 premières rangées. Ce faisant, le cerveau a moins de distractions entre lui et le professeur. Il a l’impression qu’il est dans une relation entre deux personnes, entre lui et le professeur. Sans changer quoi que ce soit d’autre, nous augmentons notre concentration d’environ 25% uniquement en nous asseyant au devant de la classe. Aussi, très souvent, en vous asseyant au devant de la classe, vous serez assis avec les autres étudiants les plus motivés et les moins bruyants pendant les cours. Un environnement plus stimulant.

Comme vous l’avez lu dans ce texte, lorsque je veux rentabiliser mon temps d’étude, mieux étudier, étudier plus efficacement, je devrai user de stratégies.  Je ne vais pas simplement y mettre plus de temps d’étude.  je vais utiliser le temps que j’y investi plus stratégiquement.

Je vais organiser mon temps d’étude stratégiquement. Cette vision de la chose est très importante. Et si les stratégies qui sont proposées dans ce texte ne vous conviennent pas, soyez créatifs ! Innovez ! Élaborez vos stratégies personnelles.

Par exemple, la règle qui dit de ne pas lire au lit, mais plutôt de lire ailleurs et de revenir se coucher au lit après avoir lu, ne me convient pas. Le moment entre la fin de la lecture et le coucher, le temps où je me lève de ma chaise et reviens au lit, me réveille de nouveau et nuit à mon sommeil. Il m’est plus efficace de lire au lit. À chacun sa voie.

L’ANXIÉTÉ

L’anxiété est souvent un ennemi de taille.  L’anxiété peut être notre ennemi dans plusieurs domaine de la vie tel que la mémorisation, la vie sexuelle, les relations interpersonnelles, la vie professionnelle, etc.

Une anxiété peut améliorer nos performances.  Par exemple, le musicien qui performe sur scène va souvent vivre ce que l’on nomme un «trac de la scène».  Ce trac qui va souvent être d’intensité faible ou moyenne peut limiter la performance du musicien mais peut aussi l’améliorer.  Ce trac peut donner au musicien l’énergie, l’étincelle qui donnera une brillance à son jeu, un brio.  Par contre, un trac d’intensité élevée pourra limiter sérieusement le musicien, faire que ses mains vont trembler, qu’il va avoir des blancs de mémoire, etc.

Ces limitations dues à l’anxiété vont aussi être vécue par la personne qui étudie, qui mémorise, qui passe un examen.  La bonne nouvelle est que l’anxiété se gère.  La mauvaise nouvelle est que la gestion de l’anxiété demande de l’effort et de la constance.  Il n’est pas ici question d’une réparation mais d’un changement de mode de vie.  Les meilleures pistes, quant à ce changement de mode de vie, que nous avons trouvées sont dans le sens de la pratique de la pleine conscience (Mindfulness).  Méditations formelles et méditations informelles.  La pratique de la pleine conscience est une pratique, une attitude, un «art de vivre» qui se pratique tous les jours et pas seulement lors des examens stressants…  Comme je m’entends souvent le dire, «n’attendez pas le jour du concert pour pratiquer…»  et n’attendez pas la journée de l’examen pour étudier.

Étant donné l’objectif de ce présent texte, je n’élaborerai pas sur la pleine conscience mais, si le sujet vous intéresse, je vous encourage à lire sur le sujet.  Vous trouverez des textes qui porte sur le sujet à la section TEXTES et des livres  à la section RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES.  Vous trouverez aussi de nombreux livres et recherches sur le marché ainsi que sur le Web étant donné que la pleine conscience est depuis quelques années un sujet à l’avant scène de la psychologie, de la psychiatrie et de la médecine.  Par exemple, vous pouvez trouver de nombreuses recherches en vous abonnant à l’ACBS (Association for Contextual Behavioral Science) et en ayant ainsi accès au journal de l’ACBS.

CONCLUSION

Comme je le disais plus haut, nous pouvons dire que, essentiellement, cette mise à profit de nos capacités est premièrement appuyée sur une PLEINE CONSCIENCE et que, à partir de cette pleine conscience, nous allons pouvoir organiser notre travail STRATÉGIQUEMENT.

Encore une fois, ce texte se veut une présentation de certains outils de base qui peuvent aider à apprendre à apprendre et non pas une recherche approfondie des différentes mécaniques intellectuelles et psychologiques de l’apprentissage.  J’espère qu’il pourra vous donner un coup de main ou vous donner le goût d’aller plus loin et de fouiller davantage sur le sujet.

Sur ce, bonne lecture et bonne étude !

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Dernière modification : 11 décembre 2015

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