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Sexologie clinique
LA COMPULSION SEXUELLE NON DÉVIANTE : UNE PROBLÉMATIQUE SOUS-ESTIMÉE
par Par David Auclair M.A., Ph.D. (c)

La compulsion sexuelle est souvent perçue comme l’apanage des agresseurs sexuels en constante recherche de victimes. Il est vrai que les déviants sexuels, dont les prédateurs sexuels, présentent souvent des éléments compulsifs dans leurs agirs. Cependant, chez les sujets non déviants, les compulsions sexuelles sont aussi présentes (nous entendons par déviance sexuelle tous comportements qui dévient de la norme sexuelle établie par la culture). Il y a plusieurs façons de compulser d’une façon non déviante. Les danseuses, les masseuses, les prostituées, la pornographie, le cyber-sex, les rencontres anonymes à répétitions et les masturbations excessives en sont des exemples. Cette problématique se retrouve chez 2 à 6% de la population non déviante. Elle touche davantage les hommes que les femmes dans une proportion de 5/1. Il s’agit donc d’une trouble important qui peut ruiner la vie des gens qui en souffre et celle de leur entourage.
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Mise en situation

Daniel est un homme de 38 ans. Il est marié depuis 10 ans avec une femme qu’il aime. Ils ont trois enfants de 3, 5 et 7 ans. Concernant sa vie sexuelle, Daniel se décrit comme un homme qui a toujours aimé les relations sexuelles. Il a eu sa première relation sexuelle à 16 ans, avec une adolescente de son âge qu’il aimait. Avant sa relation actuelle, il eu plusieurs relations intimes et sexuelles sans liens durables. Il décrit sa vie sexuelle avec sa conjointe comme peu satisfaisante depuis quelques années.

Daniel vient d’une famille de quatre enfants, dont il est le troisième. Son père était souvent absent, mais il le percevait autoritaire et exigeant. Sa mère avait plutôt tendance à être surprotectrice et exigeante. C’était un enfant sage et discipliné qui avait des résultats scolaires dans la moyenne et un groupe d’amis stable.

Toutefois, monsieur est venu nous rencontré pour une problématique particulière. Durant une fin de semaine sa conjointe lui a suggéré d’aller se faire masser car elle le trouvait trop tendu. Durant le massage, il se fait offrir « un petit extra » à caractère sexuel. Suite à cette première expérience, le goût d’y retourner est devenu de plus en plus fort. Il a commencé à mentir pour y aller.

Actuellement, il lui arrive à quelques reprises de faire usage de prostituées lorsque sa femme quitte avec les enfants pour le chalet. Il mentionne que ses fantasmes s’imposent à lui et qu’il ne peut se retenir d’aller vers des professionnelles du sexe. Ce stratagème se perpétue depuis près de 8 mois et ça lui fait, entre autres, vivre beaucoup de culpabilité, de stress et de honte.

Il ne présente pas de problèmes psychiatriques ou médicaux.

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Définition

La compulsion sexuelle est une problématique encore mal connue. En fait, les chercheurs ne s’entendent toujours pas sur le nom qui devrait permettre d’identifier ce trouble. Une compulsion, une addiction, un trouble obsessionnel-compulsif, de l’hypersexualité, une dépendance ? L’essentiel est toutefois dans la reconnaissance du trouble par des critères bien précis. Ainsi, les éléments qui permettent de définir le problème (que nous appellerons : compulsion sexuelle) sont la présence de comportements sexuels répétitifs, la présence de pensées sexuelles intrusives, l’absence de contrôle, une détresse ainsi que la poursuite des comportements malgré les conséquences négatives. Il est donc important de faire la distinction entre une personne avec une forte libido d’une personne qui perd le contrôle de ses pensées et de ses comportements sexuels.

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Dans le cas de Daniel, vous avez pu constater que ces critères sont présents et même qu’ils s’accentuent avec le temps.

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Compréhension

Différents concepts peuvent expliquer pourquoi une personne va développer un problème de compulsion. La dynamique habituelle correspond à une personne avec une faible estime personnelle qui a de la difficulté à vivre confortablement dans l’intimité. Ainsi, comme il ne s’aime pas il n’a pas l’intérêt à se montrer tel qu’il est. Les compulsifs ont aussi tendance à ne pas vivre leurs émotions, mais plutôt à les refouler. Une surcharge émotive est donc souvent présente. Ainsi, lorsque la pression émotive interne s’accentue, l’anxiété devient de plus en plus envahissante et les pensées intrusives ou le passage à l’acte devient le seul moyen de pallier à cette déstabilisation émotive et ainsi à reprendre le contrôle sur leur menace de débordement émotif. L’agir comportemental ou imaginaire servent donc de mécanismes de protections pour la dynamique psychique de l’individu.

Toutefois, les raisons pourquoi cette tendance à la compulsion se dirige vers la sexualité correspondent à d’autres facteurs. En fait, il n’existe pas de données empiriques sur ces orientations. Cependant, les compulsifs sexuels présentent habituellement une carence affective et/ou des lacunes dans leur virilité, en d’autres mots, des lacunes de l’identité genrale (l’identité genrale correspond à l’identité masculine et féminine). En résumé, ils doutent d’être aimable et homme. Cependant, concernant les femmes compulsives l’identité genrale est moins souvent un critère explicatif.

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Comme tout le monde Daniel a grandit dans un milieu qui lui est propre. Son environnement de vie a contribué à façonner sa personnalité ainsi que ses comportements d’adaptation. De plus, à travers les expériences on comprend une certaine réalité et nous apprenons à percevoir la réalité d’une certaine façon. Comme professionnel nous sommes donc sensible à ces facteurs fragilisants ainsi qu’aux facteurs déclencheurs et de maintien.

Dans la dynamique de Daniel, nous pouvons retrouver différents facteurs fragilisants. Premièrement, les influences parentales : avoir un père absent et exigeant ainsi qu’une mère surprotectrice et exigeante. Deuxièmement, les insatisfactions conjugales et sexuelles. Troisièmement, le stress, la fatigue, une estime personnelle chancelante ainsi que sa conception du monde qui lui laisse croire que se sont les autres qui doivent s’occuper de son bonheur.

Concernant les facteurs déclencheurs la proposition d’un « petit extra » à caractère sexuel en serait un bon exemple. Une fois la frontière de l’interdit franchie, les facteurs de maintien tels ; la fatigue, le stress, les responsabilités parentales, les difficultés conjugales, les plaisirs associés à la compulsion, les fantasmes, les schémas cognitifs (ex.: être parfait) ainsi que le concept de soi entretiennent Daniel dans la sexualisation de ses conflits.

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Traitement

Daniel a fait une démarche sexothérapeutique qui lui a permis de comprendre les raisons de ses agirs compulsifs et ainsi reprendre le contrôle sur sa vie. Il a, entre autre, appris à reprendre confiance en lui, il a construit une masculinité qui lui convient, il gère plus efficacement ses émotions et son anxiété. Il a aussi appris à résoudre ses conflits, à mettre des limites qui lui permettent d’exister tout en étant en relation avec sa conjointe. Les comportements compulsifs ont complètement disparu et il est capable de vivre une sexualité épanouissante avec sa conjointe.

Conclusion

Comme vous avez pu le constater, Daniel a eu une vie relativement courante, sans traumatisme particulier. Cela ne l’a tout de même pas protégé face à une problématique sexuelle spécifique. C’est donc dire que les problèmes de compulsion sexuelle peuvent se retrouver chez une large part de la population. En plus, l’accessibilité à la pornographie très facile contribue certainement à augmenter la prévalence de ces problématiques. De plus, les adolescents qui sont surexposés à ces stimuli sexuels constituent une population très à risque pour l’avenir. D’autant plus que la sexualité leur est présentée comme une performance plus qu’un plaisir partagé avec une personne. Il faut donc être vigilant à la sexualisation des conflits. Surtout que ce sont des problèmes qui peuvent être éradiqués et ainsi retrouver une qualité de vie plus satisfaisante.
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David Auclair est psychologue (O.P.Q.) et sexologue clinicien (A.S.Q.). Il a travaillé auprès de Mony ElKaim à l'hôpital Érasme de Bruxelles (Belgique) au département de psychiatrie et à l'institut Philippe Pinel de Montréal auprès des délinquants sexuels (Montréal, Québec). Il travaille maintenant en clinique privée à Québec ainsi qu'à Repentigny. Ses intérêts de recherche portent actuellement sur la compulsion sexuelle non déviante.

Pour rejoindre David Auclair à son bureau de Québec : 418.686.1600





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