Sexologie clinique
LA MASTURBATION
par David Auclair
Bien que la masturbation soit aujourd’hui un sujet présent dans toutes les revues grand public, son parcours n’a pas été sans embûche. Comment faire pour être vraiment à l’aise avec cette activité qui est accessible et sans tabou, particulièrement, chez les enfants et les animaux ? Nous tenterons d’amener un éclaircissement sur ce sujet, en situant son cheminement dans le temps, en identifiant certaines résistances et en réfléchissant sur ses fonctions.Le parcours de la masturbation à travers le temps
Si nous remontons au début des temps, nous trouverons certainement des pratiques masturbatoires chez les premiers humains, mais savoir si des tabous y étaient associés serait un travail ardu. Toutefois, dans la philosophie orientale ancienne, il est rapporté que le plaisir auto-stimulé n’était pas une activité valorisée. Cette vision défavorisante venait de la conception que la sexualité visait à harmoniser l’énergie féminine et masculine (Yin et Yang). Ainsi, la masturbation ne représentait qu’une perte inutile d’énergie.
Dans la conception occidentale, les enjeux n’étaient pas les mêmes. Pour les juifs, la sexualité-plaisir et la masturbation étaient tabous et réprimés, car elles ne visaient pas la procréation. Cependant, durant le « devoir conjugal », les époux juifs devaient jouir de leur sexe. A l’instar des juifs, les Grecs nuançaient ces propos, en spécifiant que la masturbation était une activité permise, en autant qu’elle ne menaçait pas la famille. C’est vraiment avec l’ère chrétienne que la sexualité (incluant la masturbation) est devenue véritablement taboue et méprisée. Les premiers théologiens visaient à séparer le corps et l’âme; séparer le « sale » du « noble ». Cette nouvelle philosophie a donc relégué tout plaisir sexuel à titre de péché. N’oublions pas que le péché originel entre Adam et Ève a contribué à nous faire quitter le paradis terrestre et à créer cette vie de labeur que nous vivons tous depuis…
La sexualité, ce mal nécéssaire, devait se faire rapidement, sans plaisir et dans l’unique objectif de la procréation. Cette morale puritaine s’est poursuivie dans notre culture jusqu’aux années 1950. De plus, les idées que la masturbation entraînait inévitablement des problèmes de santé remontent principalement à la fin du 18e siècle. Des rumeurs telles que : les testicules qui s’atrophient, le poil dans les mains, des irruptions cutanées voire la folie, ne sont que quelques exemples. Au sujet de la folie, à cette époque, on avait observé que les « malades mentaux » se masturbaient fréquemment. Ce qui faisait dire aux élites que les « fous » sont arrivés à l’asile par leur propre main…
Différents moyens avaient été mis en place pour préserver la santé des gens et ce, principalement lors de la puberté. Il s’agit : des mutilations sexuelles, des anneaux avec des pointes internes ( rendant une érection trop douloureuse pour quelle se produise complètement), des attèles (maintenant les mains dans l’impossibilité d’atteindre les organes génitaux), etc. C’est donc depuis les années 1950 que des changements majeurs sont survenus dans les mentalités. Ces modifications ont débuté progressivement au début du siècle avec, entre autres, Freud qui normalisait la masturbation des enfants. Cependant, la masturbation adulte était dorénavant perçu comme une immaturité. Par la suite, différents chercheurs ont démontré que la masturbation ne créait pas de désordres quelconques. En fait, ils se sont même rendu compte qu’elle pouvait avoir des avantages et des vertus thérapeutiques.
Tabous actuels
Encore aujourd’hui plusieurs tabous persistent. Même si nous ne croyons plus que cette auto-stimulation entraînera une surdité (ou toutes autres maladies), on ne la perçoit toujours pas comme une preuve de maturité. Trop souvent, les hommes en viennent à douter de leur virilité. En effet, pour certains, s’ils en sont réduits à la masturbation, c’est donc qu’il ne sont pas assez « homme » pour avoir de « vraies » relations sexuelles. Dans les couples, la masturbation est souvent perçue comme un malaise, une insatisfaction sexuelle. Les deux partenaires se sentent souvent coupables de s’offrir ce plaisir solitaire. D’ailleurs, les femmes en viennent fréquemment à douter de leur désirabilité lorsqu’elles savent que leur conjoint se masturbe. Il est donc important de réfléchir sur le fait que faire quelque chose pour soi, n’est pas nécessairement faire quelque chose contre l’autre… Lorsque vous sentirez un malaise lors de votre prochain plaisir solitaire, questionnez-vous sur le pourquoi de ce malaise. Vous trouverez certainement la présence de croyances erronées et de vieux interdits !
Fonctions de la masturbation
La masturbation entraîne un plaisir trop souvent coupable, comme nous avons pu le constater. Toutefois, il semble important de voir l’apport bénéfique de cette activité. En fait, en plus de tromper l’ennui, combattre l’insomnie, de contrer les frustrations et de libérer une partie de l’anxiété, elle a des vertus protectrices, éducatives et thérapeutiques. Elle peut permettre une plus grande protection contre les MTS et contre les grossesses non-désirées. Les thérapeutes en sexualité utilisent souvent la masturbation comme outil éducatif afin que la personne qui consulte apprenne à avoir du plaisir avec elle-même. Elle favorise une meilleure connaissance de son propre corps, sans se soucier des sensations d’un(e) partenaire. Elle permet ainsi une plus grande concentration; ce qui permet de mieux identifier ses préférences érotiques et de découvrir davantage son potentiel érotique. Des nouvelles sensations peuvent aussi être découvertes par le biais d’innovations (lubrifiant, boules chinoises, godemiché, etc.) qui peuvent, en toute intimité, démystifier certaines résistances, donner confiance à la personne et lui permettre d’intégrer ses variantes dans ses relations sexuelles avec partenaire.
Il est à noter que la masturbation est une composante quasi-incontournable des traitements de dysfonction érectile et des problèmes d’orgasme (anorgasmie, orgasme anhédonique, éjaculation précoce et éjaculation retardée). Des techniques masturbatoires sont même utilisées dans le traitement d’agresseurs sexuels afin de procéder à une re-programmation orgastique.
En terminant, il importe de souligner que la masturbation peut se vivre à deux. Les partenaires peuvent apprécier ce type de sexualité pour plusieurs raisons ; prévention des MTS et de la grossesse non-désirée, facilitante lors des périodes de menstruation, etc. C’est une activité qui peut se vivre rapidement et souvent les couples l’utilisent simplement pour le plaisir octroyé par ce type de caresse sexuelle et sensuelle.
Alors, quelles sont les bonnes raisons de restreindre cette activité?
Pour terminer sur une pointe d’humour...
Un garçon se confesse en avouant s’être masturbé trois fois durant la dernière semaine. Le prêtre répond : « On dors-tu bien après ! »...
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David Auclair est psychologue (O.P.Q.) et sexologue clinicien (A.S.Q.). Il a travaillé auprès de Mony ElKaim à l'hôpital Érasme de Bruxelles (Belgique) au département de psychiatrie et à l'institut Philippe Pinel de Montréal auprès des délinquants sexuels (Montréal, Québec). Il travaille maintenant en clinique privée à Québec ainsi qu'à Repentigny. Ses intérêts de recherche portent actuellement sur la compulsion sexuelle non déviante.
Pour rejoindre David Auclair à son bureau de Québec : 418.686.1600
