Psychthérapie Corporelle Intégrée (P.C.I.)
ÊTRE EN RELATION, À PARTIR DE NOS DÉFENSES
par Luc Sévigny
L'histoire d'Aline et de Bertrand
Aline et Bertrand arrivent pour leur première rencontre en thérapie de couple. Elle a 45 ans et lui en a 50. Ils sont en couple depuis 20 ans. C’est Aline qui a amené Bertrand en thérapie de couple. D’après Bertrand, le couple va très bien, avec ses hauts et ses bas et « il n’y a pas de quoi rencontrer un psy...»La majorité du temps, un des deux membres du couple incite l’autre ou insiste pour que l’autre vienne en thérapie de couple. Dans le cas d'Aline et de Bertrand, c’était elle qui avait insisté auprès de son conjoint pour que le couple consulte. Aline en était venue là suite à une démarche de psychothérapie individuelle. Elle avait alors réalisé comment elle avait appris à être une « bonne fille » dans la vie, à s’occuper de l’autre et à se mettre de côté. Elle avait appris, au fil de cette relation première qu’est la relation à sa mère, à ne pas être entendue, à ne pas s’écouter, à s’occuper des besoins de l’autre, bref, à être en relation sur un mode d’agence.
La mère d’Aline était une femme fragile et dépressive. Aline avait donc appris à s’inquiéter pour sa mère, à ne pas la confronter, à ne pas dire ce qu’elle pensait et ressentait. Aline avait appris à 1) s’occuper des besoins de sa mère et à 2) mettre ses propres besoins de côté.
C’est ce mode relationnel, l’agence, qu’Aline reprenait dans sa relation de couple avec Bertrand, elle s’occupait de ses besoins à lui et mettait ses besoins, à elle, de côté.
Bertrand, pour sa part, avait un tout autre scénario originel (histoire de vie) et avait développé d’autres défenses, d’autres modes relationnels, d’autres patterns.
Bertrand avait grandi et avait « appris la vie » au sein d’une famille où le père avait un problème de consommation d’alcool, où la mère était malheureuse et insécure et où il y avait beaucoup de disputes. Bertrand avait joué un rôle de «modérateur » et avait appris à rassurer tout le monde (et à se rassurer lui-même) en normalisant, en banalisant, en envoyant le message que « tout va bien... c’est pas grave... toutes les familles ont leurs petits problèmes... ça va s’arranger... ». Ce rôle, Bertrand l’a joué depuis qu’il est enfant. Étant maintenant adulte, il rejoue ce rôle avec sa conjointe.
Aline était maintenant consciente qu’elle répétait son pattern d’agence avec Bertrand. Elle avait essayé d’en parler quelquefois avec Bertrand, mais celui-ci lui avait répondu qu’elle s’en faisait pour rien et qu’elle n’avait donc qu’à davantage s’occuper d’elle. « Tu t’en fais pour rien ! Si tu trouves que tu t’occupes trop des autres, hé bien, occupe-toi plus de toi… Tu as des difficultés avec ton passé (ta mère) et pas avec ton présent (ton mari). Notre couple va très bien ! ». Pour lui, les demandes d’Aline étaient non fondées.
Au fil du temps, ce couple en est venu à vivre une crise.
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Il émergeait de cette crise de couple que
Aline prenait conscience son agence ;
Aline voulait changer de mode relationnel ;
Aline ressentait le besoin d’en parler avec Bertrand parce qu’elle voyait maintenant comment elle répétait son histoire. Comment elle s’occupait des besoins de l’autre et mettait ses propres besoins de côté avec son mari comme elle le faisait avec sa mère ;
Aline avec besoin d’être vue, entendue, accueillie par Bertrand dans son expérience pour lui permettre de vivre une expérience réparatrice (s’occuper d’elle en nommant son expérience et être reçue, entendue par l’autre) ;
Bertrand, pour sa part, avait développé au fil de son histoire de vie, une défense de banalisation. Pour ne pas ressentir la souffrance, sa souffrance, il avait tout normalisé à outrance. Tout banalisé. « Bien voyons donc ! C’est pas grave ! Tout va bien ! » ;
Tant que ces deux personnes étaient en relation à partir de leurs défenses, de leurs patterns relationnels, ils ne vivaient pas de crise. Aline s’occupait des besoins de Bertrand en se mettant elle-même de côté, elle était « la bonne fille » pour se faire aimer, et si Aline vivait un inconfort et le nommait, en parlait, Bertrand lui disait que « tout allait bien » et qu’elle ne devait pas s’en faire (banalisation). Aline mettait dès lors sa voix intérieure (son besoin) de côté et adoptait la voix de Bertrand qui lui disait que tout allait bien, qui banalisait, qui lui disait que sa voix intérieure à elle n’était pas juste, pas fondée. Elle s’occupait des besoins de l’autre et mettait ses besoins personnels de côté. Elle faisait avec Bertrand comme elle avait apris à faire avec sa mère (Bertrand, tout comme la mère d'Aline, avaient de la difficulté à contenir une charge émotionnelle).
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« Tout allait bien » jusqu’au jour où il y eu un changement dans cet équilibre relationnel, où Aline voulu sortir de son rôle de bonne fille et poussa Bertrand à l’écouter, et ce, jusque « dans le bureau d’un psy »…
Bertrand était désemparé.
Il ne comprenait pas.
Jamais il n’aurait pensé « que son couple allait si mal ».
Il faut comprendre que pour que Bertrand se sente bien dans une relation, il fallait qu’il n’y ait absolument pas de vague entre lui et sa conjointe. Le moindre différent était menaçant, dangereux pour lui (c’est ce qu’il avait appris au cours de son histoire de vie). Il était donc très menaçant pour lui de se laisser vivre un désaccord avec Aline et de se laisser ressentir l’insécurité qui en découlait. D’après la perception de Bertrand, son couple était donc en péril…
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Au cours de son travail de thérapie, les partenaires ce couple ont principalement travaillé sur
Leur qualité de présence
Il est ici question d’une attention authentique à ce que l’on ressent, sans rationaliser, sans « se conter d’histoires », sans essayer d’avoir raison, être simplement présent à ce que l’on vit et ressent pour pouvoir le nommer.
Leur communication
D'une part, nommer chacun sa propre expérience et d'autre part écouter l'expérience de l'autre, son témoignage sans se défendre, sans essayer de convaincre l’autre, sans essayer « d’avoir raison ». Il est ici question d'écouter, de recevoir le témoignage de l'autre en tolérant les émotions que ce témoignage provoque chez moi.
Simplement écouter...
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Lorsqu’il est question de couple, il est inévitablement question de communication. N'oublions jamais que deux personnes seront toujours différentes. Les hommes et les femmes sont différents et les hommes et les femmes, entre eux, sont différents. Deux personnes auront toujours des histoires génétiques, des histoires intra-utérines et des histoires de vie (scénario originel) différentes et devront donc, pour vivre une relation qui soit la plus heureuse possible, en venir à une communication mature et non défensive (autant que faire se peut…). J’entends d’ici les questions!!! Mais comment faire? Mais qu’est-ce que ça veut dire une communication mature et non défensive??? Comment s’y prendre ???
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Reprenons donc ici quelques principes de communication.
N’oublions pas qu’en terme de communication dans le couple, il est question d’un émetteur et d’un récepteur qui échangeront leurs positions d’émetteur et de récepteur au fil de la communication et dans un mouvement qui est circulaire. L’émetteur communique et aide le récepteur à écouter. Le récepteur écoute et aide l’émetteur à parler et il deviendra lui-même à son tour l’émetteur.
Comment être un meilleur émetteur ?
1. Je nomme mon expérience. Je parle de mon expérience. Il est ici question de parler de soi et non de parler sur l’autre. C’est de parler en JE dont on entend si souvent parler sans toujours comprendre de quoi il s’agit réellement. Si je ne fais que nommer mon expérience sans attaquer l’autre, je ne pousse pas l’autre à être défensif, à lever son bouclier. Je l’aide à mieux écouter, à être un meilleur récepteur. Il y a une grande différence entre «tu m'agresses» et «je me sens mal»...
« Je veux te parler et je suis inquiet. Je me sens mal. J’ai peur de te perdre si je pose mes limites. J’ai peur que tu te fâches et je ne voudrais pas te perdre. Je suis gauche quand il est temps de parler de moi ».
2. Utiliser des messages courts et poser des questions précises. Il est ici question de 1) savoir ce que je veux dire et 2) d'oser le dire sans louvoyer, de le dire directement et brièvement. Si je ne suis pas clair et bref, l’autre peut ne plus s’y retrouver ou interpréter ou perdre l’intérêt. Aussi, si mon message est trop long, je monopolise la position d’émetteur (monopolise le micro) et l’autre ne peux plus placer un mot ni poser de question. Ce faisant, il perd intérêt et je ne l’aide donc pas à être un bon écoutant.
3. Vérifier que l’écoutant a compris mon message en lui posant des questions. En posant des questions, j'aide l'écoutant à être un meilleur écoutant. Je lui envoie le message qu'il est important pour moi qu'il me comprenne.
4. Ne pas essayer d'avoir raison. Ceci est un des plus grands «pièges à couples». Quand je communique, j'essaie de partager ma pensée, j'essaie de nommer mon expérience et non de convaincre l'autre que mon expérience est la bonne et que l'autre doit partager mon avis sous peine d'avoir tort (à noter que nous retrouvons ce point chez l’émetteur et chez le récepteur).
Comment être un meilleur écoutant, un meilleur récepteur ?
1. Écouter avec mon corps. Il est élémentaire de démontrer à l’émetteur que vous l’écoutez premièrement en le regardant pendant qu’il vous parle; en étant tourné vers lui-elle pendant qu’il-elle vous parle; en ne faisant pas une autre activité pendant qu’il-elle vous parle.
N’oubliez pas que 93% de la communication est non verbale (ça ne laisse que 7% au contenu verbal!!!). Quel «message» envoyez-vous par votre façon d'écouter?
2. Lorsque vous ne saisissez pas le message de l’émetteur, poser des questions. En tant que récepteur, vous pouvez aider l’émetteur à mieux émettre. Poser des questions va vous permettre 1) de vérifier si vous avez bien compris, 2) d'avoir les éclaircissements nécessaires et 3) d’envoyer le message à l'émetteur que vous êtes intéressé par son message.
3. Résumer le message de l’émetteur pour vous assurer que vous le comprenez et pour lui démontrer que vous l’écoutez. Nous appelons cette façon de faire la reformulation qui consiste à transmettre à l'émetteur ce que vous avez compris de sa communication. Par la reformulation, 1) vous allez vérifier si votre compréhension du message de l'émetteur est juste, 2) vous serez corrigé(e) le cas échéant, 3) l’émetteur saura si vous avez compris ou pas et 4) qu'il est important pour vous de le comprendre, que cela vous intéresse.
4. Ne pas passer de commentaire négatif, infantilisant, jugeant ou dénigrant pendant que l’émetteur parle. Ceci est une réaction défensive très courante et très toxique pour la communication. Essayez de simplement écouter, de recevoir, de comprendre ce que l’autre vous dit ou essaie de vous dire. Vous « reprendrez le micro » quand ce sera votre tour.
5. Ne pas essayer d'avoir raison. Lorsque je reçois, que j'écoute, je n'essaie pas de bloquer le message que l'émetteur m'envoie pour lui montrer que c'est moi qui ai raison. Je ne fais que recevoir, qu'écouter, qu'entendre ce que l'autre me dit de son expérience sans juger (à noter que nous retrouvons ce point chez l’émetteur et chez le récepteur).
6. Ne pas revenir en arrière sur de vieilles colères ou de vieilles frustrations. Il arrive très souvent que lorsque le récepteur reçoit un message qu'il n'aime pas, qu'il réplique tout de suite en revenant sur le passé pour se justifier et couper la communication menaçante de l'émetteur. Il est ici question de la technique du «...et puis toi...». «...Tu me dis que ma famille est envahissante et puis toi tes amis sont toujours ici!!!! Tes amis!!! Parlons-en de tes amis!!!». En revenant sur le passé et en utilisant cette technique, le récepteur manipule l'émetteur. En fait, ce qu'il vient de faire, c'est de changer le sujet de la discussion. Le sens, l'orientation de l'échange vient de changer et c'est le récepteur qui vient de manipuler ainsi la discussion par la technique du «...et puis toi...». Du coup, on ne parle plus de ce dont l'émetteur voulait parler. On vient de changer de sujet. On a arrêté de parler de ce qui était dérangeant pour le récepteur et on se met à parler de ce dont il préfère parler...
À noter que la technique du «...et puis toi...» et le «parler en JE» sont diamétralement opposés.
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À la lecture de tout ceci, il en ressort que la santé du couple est quelque chose qui se travaille. Un travail qui peut être très enrichissant. C'est dans le couple que tous nos enjeux importants se rejouent. Cela fait en sorte que le couple est l'espace qui peut être le pire où l'on puisse être (si nous n'en prenons pas soin, n'y cheminons pas et laissons nos défenses contrôler notre vie relationnelle) ou le meilleur endroit où l'on puisse être (si nous en prenons soin) en faisant de cette relation un espace de croissance.
Pour leurs parts, ce travail a permis à Aline et Bertrand d’être en relation à partir de ce qu’ils sont comme adultes plutôt qu’à partir de leurs défenses. Aline était en relation à partir de son agence et Bertrand à partir de sa défense de banalisation (peur du conflit et de la charge émotionnelle qui en découlait). Par un travail de présence et de communication, ils ont tout deux pu être en relation de façon plus saine, plus mature. Aussi, ils ont pu s'aider l'un l'autre à faire ce travail sur eux-même. Aline en supportant Bertrand lorsqu'il avait peur du conflit (il s'enseignait ainsi à lui-même que le désacord n'était pas dangereux) et Bertrand en aidant Aline à nommer son expérience et en l'accueillant (elle s'enseignait ainsi à elle-même qu'elle pouvait nommer son expérience sans perdre l'amour de l'autre).
Pour votre part, pensez-vous que vous et votre conjoint(e) faites la même évaluation de votre couple? Si vous voulez faire un « petit exercice », remplissez ce questionnaire (1) chacun de votre côté et retrouvez-vous ensuite pour «en parler».
Bonne soirée.
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(1) Si vous ne l'avez déjà, vous pouvez télécharger le logiciel Adobe - Acrobat Reader gratuitement qui vous permettra de lire le questionnaire mentionné dans le texte en cliquant ici
