Psychthérapie Corporelle Intégrée (P.C.I.)
L'AGENCE
par Josée Jobin et Luc Sévigny
UN MODE RELATIONNEL DÉFENSIF
L’agence est le terme employé pour décrire une expérience humaine des plus importantes. Ce terme est issu de la Psychothérapie Corporelle Intégrée et décrit une expérience énergétique qui s’exprime à travers des comportements et via le dialogue intérieur. Le développement de cette défense, de ce mode relationnel prend racine dès la petite enfance à partir de nos besoins de se sentir aimés et en sécurité, c’est-à-dire de nos besoins fondamentaux, très humains et très légitimes. Étant enfant, nous développons notre être intérieur, notre structure à partir de la structure de nos parents (ou des personnes significatives). L’enfant qui a un parent aimant, un parent solide ayant une bonne frontière, bien enraciné, confiant, envoie à l’enfant de bons messages qui l’aideront à développer une confiance de base. Cet enfant apprendra à développer sa propre frontière à partir de la frontière du parent. Si le parent respecte ses propres limites, l’enfant apprendra à respecter les siennes. Il apprendra que ses parents continuent à l’aimer même s’il s’occupe de lui et de ses besoins, même s’il devient de plus en plus lui-même, différent de ses parents. Il apprendra à faire confiance aux autres et à se faire confiance. Cet enfant apprendra à respirer avec confiance. Il aura le sentiment d’être aimé, le sentiment qu’il peut faire confiance au parent, que le parent est présent à lui, qu’il l’accueille, l’entend, le voit et peut aussi lui mettre des limites. À partir de la solidité intérieure du parent et de sa frontière, l’enfant développera sa propre solidité intérieure et sa propre frontière. Il développera son regard sur lui-même, sur l’autre et sur la vie à partir du regard positif du parent. Ces conditions sont idéales pour le développement de l'enfant.
Et qu’arrive-t-il si l’enfant a un parent qui n’est pas solide et n’a pas de frontière solide? Si le parent est fragile, l’enfant sera inquiet, il sera aux aguets. L’humain a besoin de se sentir aimé et en sécurité. Un enfant dont le parent est changeant, anxieux, absent, trop exigeant, dysfonctionnel modulera ses comportements en fonction de ce qu’il perçoit du parent. Cet enfant apprendra à s'ajuster à l’autre et développera ce que l’on appelle l’agence. Il apprendra que son mieux être intérieur, sa sécurité intérieur dépend de son propre pouvoir à calmer ou rassurer son parent. Donc, il se fera plus petit, plus absent, plus serviable pour organiser le mieux-être du parent : il apprend déjà déjà à mettre ses besoins de côté pour survivre.
Ayant un parent moins solide, ou moins heureux, ou moins aimant, ou trop exigeant (par exemple) et ayant besoin de cette solidité, cet enfant apprendra à 1) s’occuper (s’inquiéter) des besoins du parent et 2) à mettre ses propres besoins de côté pour s’occuper inconsciemment de faire de son parent un bon parent. Cette façon d’être en relation avec le parent se reproduira plus tard lorsque cet enfant sera adulte. Il s’occupera des besoins de l’autre et mettra ses besoins de côté parce que c’est ce qu’il a appris à faire étant petit. Dans l'enfance, il a appris que son bien-être intérieur, sa sécurité, son sentiment d’être aimé dépendait du regard de son parent et il reproduira cette façon d’être une fois adulte. Il se quittera énergétiquement pour répondre aux attentes de l’autre (irréelles ou réelles) plutôt que d'être à son propre service. En termes concrets, cela pourrait vouloir dire ne pas sentir sa propre fatigue, ses propres limites énergétiques, financières, sexuelles, ses propres goûts, ses valeurs, en d’autres mots, cela signifie, ne pas se respecter.
Il est ici question d’un mouvement énergétique vers l’extérieur de soi pour accéder à un bien-être intérieur. Plutôt que d’être présent à soi (à son corps, sa respiration, son énergie), d’écouter sa voix intérieure, de se donner les meilleures conditions pour être bien (s’occuper de son mieux-être, s’occuper de soi), l’agent cherchera son mieux-être ou sa quiétude à l’extérieur de lui, dans le regard de l’autre même cela est à son propre détriement. La « paye » de l’agent, c’est la reconnaissance qu’il reçoit ou espère recevoir en retour. Mais l’agence n’est pas de l’amour puisque le but inconscient de cette démarche est « d’acheter » l’autre, donc de recevoir en échange du don de soi.
La fin de l’agence, c’est le début de l’authenticité, ce qui signifie que si je donne, je donne parce que j'ai le goût de donner et non à partir de l'obligation inconsciente de le faire pour être une bonne fille ou un bon garçon.
