Sexologie clinique
LA PANNE DE DÉSIR SEXUEL
par David Auclair M.A., Ph.D. (c)
Ce texte se veut un survol de ce trouble sexuel qui affecte une grande proportion de la population. En effet, le manque de désir sexuel est certainement le motif de consultation le plus fréquent dans les cabinets de sexologues. Il touche plus fréquemment les femmes dans une proportion de deux femmes pour un homme. Cet article a pour but de vous permettre de mieux définir et situer la phase de désir sexuel dans la courbe de la réponse sexuelle. De plus, il traitera des causes de ce trouble et des moyens pour s’en sortir.Définitions
Souvent, nous entendons que le « besoin sexuel » est d’ordre biologique. Les traitements se résument donc à ajouter des hormones(testostérone)(1) chez les gens qui ont un manque de désir ou de réduire cette hormone si le désir est trop envahissant (par exemple chez les agresseurs sexuels). Cependant, une nuance est importante dans la conceptualisation de l’impact de l’hormone dans le désir. En effet, les androgènes telle que la testostérone, sont nécéssaire au désir, car en son absence, l’intensité est grandement diminuée. Toutefois, le désir n’est pas que la résultante du taux d’hormones, il est aussi influencé par le psychique. La notion psychologique module l’intensité, la fréquence et l’orientation du désir. Pour illustrer cette notion, nous pourrions dire que l’essence est essentielle pour qu’une voiture puisse fonctionner, mais le niveau d’essence n’a pas d’impact sur la vitesse du véhicule. C’est plutôt la personne au volant qui module la vitesse de la voiture!
Le désir sexuel est défini par Trudel (2000) comme « l’ensemble des comportements moteurs, des comportements verbaux, des cognitions et fantasmes et des réactions affectives qui précèdent le comportement consommatoire ». Le désir est très subjectif et donc plus difficile à définir que les autres phases de la réponse sexuelle. Il va sans dire que le trouble de désir sexuel est laborieux à circonscrire. Il se divise en fait, en trois classes : le désir sexuel hypoactif, l’aversion sexuelle et le désir hyperactif. Dans cet article, nous avons choisi de traiter uniquement du désir sexuel hypoactif. Ce dernier se définie par « une déficience (ou absence) persistante ou répétée de fantaisies imaginatives d’ordre sexuel et de désir d’activité sexuelles. De plus, la perturbation doit être à l’origine d’une souffrance marqué ou de difficultés interpersonnelles (DSM-4) ». Par ailleurs, pour une meilleure évaluation du trouble, il est important de faire la distinction entre la fréquence désirée (combien de fois la personne désire avoir des activités sexuelles) plutôt que la fréquence réelle d’activités sexuelles.
Phases de la réponse sexuelle
La phase de désir est souvent représentée comme la première étape de la réponse sexuelle humaine. Le désir serait la porte d’entrée vers une relation sexuelle. Elle est suivie de la phase d’excitation, de plateau, d’orgasme et de résolution. Cependant, plusieurs auteurs s’entendent pour dire que, même si le désir précède les autres phases, elle peut aussi être présente tout au long de la relation sexuelle. Cette représentation fait donc du désir un ingrédient essentiel d’une relation sexuelle satisfaisante.
L’évaluation
Dans ce type de trouble, difficile à définir car très subjectif et multifactoriel, l’évaluation est très importante. Elle permet d’orienter un traitement efficace. Les causes du trouble de la baisse de désir peuvent être d’origine physiologique, psychologique et relationnelle.
Au plan physiologique
- Déficience Hormonale
o Déficience en androgènes (testostérone)
o Hyperprolactinémie
o Le vieillissement
o La grossesse et l’allaitement
o Problèmes testiculaires
o Hypogonadisme
o Maladies de la glande thyroïde (hyper et hypo thyroïdie)
o Maladie d’Addison (glandes surrénales)
o Syndrome de Cushing (glande hypophyse)
o Autres
- Médication
o Antidépresseurs
o Antipsychotiques
o Béta-bloquants
o Antihypertenseurs
o antiandrogènes
o Drogues et alcool
o Autres
- Maladies
o Hépatites chroniques
o Cirrhoses
o Maladies rénales
o Autres
Au plan psychologique
o Pensées négatives concernant la sexualité
o Image de soi négative
o Peur de l’intimité
o Déficience fantasmatique
o Tabous (religieux, familiale, etc.)
o Anxiété
o Difficulté à avoir du plaisir dans la vie
o Fatigue
o Dépression
o Autres
Au plan relationnel
o Partenaire peu stimulant
o Hostilité face à l’autre
o Dynamique de pouvoir
o Routine
o Manque de temps à deux
o Manque de complicité, de tendresse, de camaraderie, etc.
o Peur de l’engagement
o Peur d’être entendu par d’autres (enfants, parents, etc.)
o Autres
Les traitements
Comme nous l’avons déjà mentionné, les traitements font suite à une bonne évaluation de la problématique. Ainsi, si les problèmes sont d’ordre physiologique, il faudra guérir ces troubles ou parvenir à mieux les gérer. Par exemple, les traitements médicamenteux peuvent être modifiés afin d’éviter des effets secondaires sur le désir sexuel. Si le trouble est dû à des problèmes psychologiques, il faudra les gérer par différents moyens (la restructuration cognitive, l’éducation sexuelle, une meilleure estime de soi, apprendre à être en relation, gestion des émotions et de l’anxiété, apprentissage du plaisir, meilleure connaissance de son corps, etc.). Finalement, si les troubles sont reliés à des problèmes relationnels, différents exercices sont aussi à votre disposition (communication émotive, amélioration de la complicité, habileté de résolution de conflits, etc.). Il va sans dire que votre médecin de famille vous aidera à mieux intervenir auprès des déficits physiologiques. Les sexologues sont également bien habiletés à vous aider à surmonter ce trouble qui peut avoir des impacts majeurs dans votre vie personnelle et sentimentale.
Nous vous souhaitons bonne poursuite dans votre cheminement vers une meilleure santé sexuelle !
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1 - La testostérone est une hormone principalement masculine mais que l’on retrouve aussi chez la femme et qui serait responsable du désir sexuel
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Livres de référence
American psychiatric association (1994). DSM-IV : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Ed. Masson.
Paradis, A-F., Lafond, J.S. (1990). La réponse sexuelle et ses perturbations. Éditions G. Vermette inc.
Trudel, G. (2000). Les dysfonctions sexuelles, évaluation et traitement par des méthodes psychologique, interpersonnelle et biologique. Presses de l’Université du Québec.
Trudel, G. (2003). La baisse du désir sexuel, méthodes d’évaluation et de traitement. Masson.
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David Auclair est psychologue (O.P.Q.) et sexologue clinicien (A.S.Q.). Il a travaillé auprès de Mony ElKaim à l'hôpital Érasme de Bruxelles (Belgique) au département de psychiatrie et à l'institut Philippe Pinel de Montréal auprès des délinquants sexuels (Montréal, Québec). Il travaille maintenant en clinique privée à Québec ainsi qu'à Repentigny. Ses intérêts de recherche portent actuellement sur la compulsion sexuelle non déviante.
Pour rejoindre David Auclair à son bureau de Québec : 418.686.1600
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