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Psychothérapie Corporelle Intégrée
LA MÉDITATION
par Luc Sévigny
POURQUOI ET COMMENT

Depuis plusieurs années maintenant, la méditation a de plus en plus d’adeptes. Des cadres stressés, des étudiants anxieux, des malades du cœur, des sportifs. Nous cherchons des solutions ou des aides à nos modes de vie stressés. Des outils qui peuvent nous aider à nous «grounder» (nous enraciner) à travers cette vie qui grouille sans arrêt, qui va trop vite. Au travers de tous les outils qui ont pu ressortir de cette recherche de retour à soi et d’enracinement, la méditation a pris de plus en plus de place. Mais la méditation fait encore peur. Plusieurs personnes y voient encore des divagations, ou des résidus du peace and love où différentes philosophies et techniques orientales étaient importées en occident.

Pourtant, de plus en plus, la méditation fait partie des outils de travail des psychothérapeutes. Les différents colloques psychologiques comportent maintenant, et de plus en plus, de formation et d’ateliers sur la méditation, sur le «mind fulness».

Ce texte ne se veut pas une présentation complète de la méditation ou des différentes formes de méditation mais plutôt un guide succin des comment et pourquoi méditer.

Pourquoi méditer

Premièrement, la méditation, telle que nous vous la présenterons ici, n’est pas un exercice de relaxation mais plutôt un exercice de présence, ici et maintenant, dans le corps et témoin de l’expérience. Attention, ceci n’est pas non plus une méditation où l’esprit sort du corps, où l’on se désincarne, où l’esprit n’a plus de corps. Tout au contraire, cette méditation nous ramène ici et maintenant, dans le corps (et non hors du corps). La méditation est un outil précieux pour nous aider à se rapprocher de soi. Passer de l’extérieur de soi à l’intérieur de soi. Cet outils nous aidera, en terme de P.C.I. à développer notre présence à soi, développer notre frontière, développer notre capacité de contenir notre charge, développer notre capacité à être témoin de notre expérience plutôt que de nous identifier à notre expérience, nous rapprocher de notre centre, de notre soi et faire nos choix à partir de cet endroit plutôt que d’uniquement réagir aux événements de la vie et que ce soit nos défenses, nos patterns et nos schémas qui dirigent notre vie.

L’objectif n’est pas de devenir moine bouddhiste, méditant professionnel…, mais de simplement être plus présent à soi, plus enraciner, plus dans notre partie « adulte sain » que dans notre partie «enfant vulnérable» et réactif.

Voici, à l’aide d’un exemple concret, ce que tout cela signifie…

Comment méditer

Je choisi un endroit calme pour méditer, un endroit où je ne serai pas dérangé. Un endroit où personne ne viendra me parler ou me demander quelque chose.

Je m’assoie confortablement. Je peux m’asseoir par terre, en lotus, demi-lotus, «en indien» ou simplement sur une chaise. L’important est simplement d’être bien assis, le dos droit, et que cette position ne bloque pas ma respiration (en ayant le dos rond et les épaules par en-avant).

Je commence par respirer à quelques reprises, par le nez, sans m’imposer un certain type de respiration. Nous allons souvent commencer à méditer en nous imposant une respiration diaphragmatique (faire un ballon dans le ventre). Plutôt que de vous donner ces consignes, laissez-vous respirer «comme ça vient» (même si votre respiration de départ est plus haute, costale ou thoracique). Vous verrez, au fil de votre méditation, votre respiration descendra naturellement pour devenir éventuellement diaphragmatique, au cours de cette séance ou au cours d’une séance ultérieure.

Après quelques respirations, fermez les yeux et continuez à respirer. Portez attention à votre respiration. Concentrez vous sur votre respiration. Soyez présent à votre respiration. Votre respiration et l’attention que vous lui portez sont au centre de votre méditation. Plutôt que de vous concentrer sur un point sur le mur ou sur la flamme d’une chandelle, nous privilégions la présence à la respiration. L’objet de cette méditation n’est pas de faire une relaxation mais plutôt un exercice de présence. Être ici et maintenant, dans votre corps, dans votre respiration. Tout simplement.

Au fil des respirations, vous allez probablement vivre des interférences, vivre d’autres expériences qui vont venir prendre la place de cette attention que vous portez à votre respiration. Au fil des respirations, vous pouvez avoir une pensée, une image, une odeur ou une émotion qui apparaît (… il ne faut pas que j’oublie la réunion de demain… ou … que c’est ennuyant de méditer…, etc.), vous pouvez ressentir quelque chose dans votre corps (… ça me pique derrière l’épaule…). Lorsque ces éléments apparaissent, ne faite qu’en prendre conscience et revenez à votre respiration, reportez votre attention à votre respiration. Lorsque cela se produit, dites vous «Je suis conscient que je pense à la réunion de demain» et reportez votre attention sur votre respiration ; dites vous «je suis conscient de trouver ma méditation ennuyante» et revenez à votre respiration ; dites vous «je suis conscient que ça me pique derrière l’épaule » et revenez à votre respiration sans bouger votre corps.

Poursuivez ainsi à vous centrer sur votre respiration, sans bouger et en ne faisant que vous dire que vous êtes conscient des éléments disturbateurs qui apparaissent au fil de la méditation pour revenir ensuite à porter votre attention sur votre respiration.

La personne qui commence à méditer et qui a de la difficulté à «rester en place» peut ne méditer que 5 minutes par jour et cela est un début très valable. Ne vous imposez rien qui vous mette en échec. Méditer ne veut pas dire qu’il faille méditer deux heures par jour … Vous pouvez commencer par 5 minutes par jour et augmenter (si vous le voulez) graduellement à 15-20 minutes par jour. Une méditation régulière de 20 minutes par jour est très valable et apportera des bienfaits appréciables. C’est la régularité, la constance qui est importante.


Pourquoi méditer (fin) et conclusion

Pourquoi de plus en plus de psychothérapeutes adhèrent à la méditation ? Pour répondre à cette question, j’utiliserai un exemple. Prenons l’exemple de Jeanne qui est une personne anxieuse et qui a des traits compulsifs. Lorsque la charge émotionnelle, la charge d’anxiété de Jeanne augmente, habituellement elle agit, elle réagit à sa charge en faisant quelque chose. Elle téléphone à une copine, elle fait le ménage, elle consomme de l’alcool, etc. Lorsque Jeanne vit une telle expérience, elle n’a aucun recul sur elle-même, elle ne fait que réagir à son anxiété. Quelqu’un lui ferait remarquer ses comportements et Jeanne pourrait facilement lui répondre «… ben voyons… il faut simplement que je bouge… j’suis comme ça…». Elle s’identifie à son expérience. Elle n’a pas de recul sur elle-même. En faisant régulièrement de la méditation, en faisant cet exercice de présence, Jeanne développe sa capacité de se voir aller, d’être témoin de son expérience. Elle se donne un pas de recul sur elle-même (je suis consciente de…) qui lui permet de ne plus s’identifier ainsi à son expérience mais plutôt d’en être témoin. Elle développe ainsi sa frontière et sa capacité de contenir sa charge plutôt que de simplement réagir à une charge qui monte et de la décharger. En apprenant ainsi à contenir sa charge, être témoin de son expérience et respirer, Jeanne pourra, dans un deuxième temps, réellement s’aider, se supporter. Elle pourra faire des choix, choisir ce qu’elle peut faire pour s’aider plutôt que de simplement réagir à sa charge d’anxiété en compulsant. Elle pourra choisir par exemple d’apprendre à respirer, de faire de l’exercice physique, remettre en question ses réactions anxieuses, confronter son dialogue intérieur, etc.

En terminant, la méditation fait partie de ces outils dont nous disons qu’ils sont des plus efficaces dans la mesure où on les utilise. Comme je le dis souvent, une démarche psychothérapeutique n’est pas une réparation où le patient est défectueux et où le psychologue va le réparer… La démarche est plutôt un changement de mode de vie et la méditation s’insère très bien dans un tel changement. Changer pour un mode de vie où la personne cultivera entre autre sa présence, sa frontière, sa capacité de contenir sa charge, sa respiration. Bref, une relation plus adulte et mature avec elle-même.

Si vous êtes intéressé à en connaître davantage sur la méditation et que vous aimeriez lire un livre qui vous en donne une vue d’ensemble, je vous suggère Zen ! La méditation pour les nuls de Stephan Bodian (First Editions, 2005).

Une bonne première lecture.

Et sur ce, bonne méditation !


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