Sexologie
L'HOMOSEXUALITÉ - En réponse à une lettre d'une lectrice
par David Auclair
Il y a quelques temps, nous avons reçu un courriel de questionnements d'une étudiante concernant l'homosexualité. Nous avons choisi de partager avec vous ces interrogations et les réponses de M.David Auclair (Psychologue et sexologue clinicien).Quelles sont les théories qui expliquent l’homosexualité ? Qu'en pensez-vous?
Deux courants de pensée tentent d’expliquer nos comportements. Au plan des préférences sexuelles il en va de même. Il s’agit des théories constructivistes et essentialistes.
Théories essentialistes
Pour les théories essentialistes, l’homosexualité est une perversion, un défaut, une déviance face à la norme hétérosexuelle. Les chercheurs de cette théorie ont donc tenté d’identifier LA cause qui pourrait expliquer cette déviation. Selon l’approche, LA cause est d’ordre innée ou acquise en très bas âge.
Psychanalyse : l’homosexualité est due à un arrêt dans le développement de l’enfant. Elle correspond à une déviance par rapport à l’objet (personne du même sexe) et par rapport au but (sodomie, fellation). La psychanalyse se retrouve dans la section essentialiste, entre autres, à cause de la prédisposition génétique dont Freud parlait pour expliquer l’homosexualité.
Physiologiques : Ces chercheurs prétendaient que la structure du cerveau n’était pas la même chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. Cette théorie n’a jamais eu de preuves scientifiques valables.
Hormonales : Les théories hormonales affirmaient que les hormones qui permettent au corps d’avoir un sexe masculin ou féminin étaient en cause. Les homosexuels auraient eu moins d’hormones mâles et plus d’hormones féminines. C’est théories ont été démenties.
Génétiques : Pour ces théoriciens, la thèse est simple. Les comportements sexuels viendraient d’une programmation génétique.
Théories constructivistes
Les théoriciens constructivistes croient en une explication à plusieurs facteurs. Les préférences sexuelles seraient acquises selon les modèles sociaux et/ou les expériences de l’individu dans son environnement.
L'apprentissage social : Selon cette approche tous comportements seraient acquis. Ainsi les préférences sexuelles (homo ou hétéro) se développeraient en fonction des expériences.
L’approche sociologique : Kinsey (1948-53), Hite (1976-81) et Janus (1993) ont fait des recherches visant à définir les pratiques sexuelles et non à en comprendre la ou les cause(s). Leurs résultats sont toutefois très intéressants.
TABLEAU COMPARATIF
Hommes ayant ressenti un désir homosexuel
Kinsey.......................50%
Hite...........................50%
Janus........................n.d.
Hommes bisexuels
Kinsey.......................20%
Hite...........................20%
Janus........................13
Hommes homosexuels
Kinsey.......................10%
Hite...........................11%
Janus........................9%
Femmes ayant ressenti un désir homosexuel
Kinsey.......................28%
Hite...........................très nombreuses
Janus........................n.d.
Femmes bisexuelles
Kinsey.......................9%
Hite...........................9%
Janus........................12%
Femmes homosexuelles
Kinsey.......................4%
Hite...........................8%
Janus........................5%
Je trouve donc intéressant de voir que même dans les années 40, les comportements homosexuels étaient très répandus. À cette époque les modèles homosexuels n’étaient pas très présents. Ces statistiques me stimulent à poursuivre ma réflexion sur les causes des préférences sexuelles. Vous comprenez donc que je suis plutôt de ceux qui croient que les préférences sexuelles ne sont pas innées mais bien acquises. D’ailleurs, en travaillant au niveau des préférences sexuelles, je vois bien qu’elles se construisent et qu’elles se situent dans l’inconscient des gens, et ce, que se soit pour l’homosexualité ou l’hétérosexualité.
Pouvez-vous me donner votre définition de l'homosexualité?
L’orientation sexuelle est pour moi une préférence érotique. Alors, l’homosexuel a une préférence pour les gens du même sexe. Il est toutefois à noter qu’en plus de la préférence sexuelle nous avons une préférence de genre. Le « genre » correspond au masculin et au féminin (comme en grammaire française). Les gens ont donc une préférence pour des gens plutôt masculin ou plutôt féminin indépendamment du sexe biologique.
Est-ce un comportement normal, une maladie, une névrose…?
Je ne crois pas que les termes « normal », « maladie » ou « névrose » soient utiles. La préférence sexuelle est quelque chose qui se construit et si c’est fait entre personnes adultes et consentantes, il n’y a pas de quoi s’en faire. C’est pour moi une préférence comme si vous êtes carnivore, omnivore ou végétarien, c’est une préférence culinaire (est-ce un problème ?).
L'homosexualité est-elle un choix?
Je ne crois pas que l’homosexualité en tant qu’orientation sexuelle est un choix. La préférence s’est construite en fonction des expériences de la personne. La préférence se retrouve dans « l’inconscient » de la personne, ça ne me semble donc pas un choix « conscient ». Toutefois, l’homosexualité en tant que pratique sexuelle est un choix. C’est-à-dire que la personne peut choisir de vivre ou non ses préférences érotiques.
A partir de quel âge, en moyenne, un homme se rend-il compte de son homosexualité ?
Ça dépend de chaque personne. Plusieurs me dise avoir su en bas âge qu’ils avaient un intérêt pour le même sexe. D’autres me disent que c’est plutôt à l’adolescence que les désirs se sont fait sentir pour les personnes du même sexe. Finalement, d’autres vont me confier que c’est plus tard dans leur vie que les fantasmes homosexuels ont pris leur place (l’inconscient les ayant bloqué pour toutes sortes de raisons.)
Un homosexuel peut-il se rendre compte de son homosexualité au-delà de 30 ans ? Y a-t-il des explications qui peuvent l'expliquer?
Réponse dans l’explication précédente.
Peut-on devenir hétérosexuel lorsqu’on est homosexuel, ou inversement?
Au plan des préférences érotiques, il semble impossible pour un adulte de faire ce changement. Au plan comportemental, c’est possible, mais le désir sera moins grand, voir absent.
Depuis vos débuts professionnel, le nombre d’homosexuels a-t-il augmenté ou diminué ? Pour quelles raisons selon vous ?
Je n’observe pas de changement dans le nombre d’homosexuels. Les gens sont toutefois plus ouverts sexuellement, ce qui peut permettre à certains homosexuels de vivre davantage leur sexualité avec moins de culpabilité.
Selon vous, la bissexualité est-elle possible?
Je dirais que la bisexualité, en tant que pratique comportementale, est possible et de plus en plus fréquente. D’Ailleurs, Kinsey prétendait qu’une grande partie de la population serait bisexuelle. Freud a parlé d’une bisexualité primaire présente chez tous les enfants (qu’il définissait comme des pervers polymorphes). Toutefois, si l’on défini l’orientation sexuelle comme une préférence érotique, il serait difficile de préférer les deux sexes également.
Il est aussi à noter que certains courants de pensée prétendent que les gens tombent amoureux d’une personne et non d’un sexe. Qu’en pensez-vous ? Ce n’est pas si facile de trancher !
Que pouvez-vous me dire de la bissexualité?
J’aurais beaucoup de choses à dire à ce sujet mais je me contenterai de dire que c’est de plus en plus fréquent, que c’est une mode qui nous amène à réfléchir sur la sexualité « récréative » et non seulement de « procréation » ou de « plaisir conjugal ».
Bonne poursuite de réflexion sur la sexualité humaine.
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David Auclair est psychologue (O.P.Q.) et sexologue clinicien (A.S.Q.). Il a dans un premier temps œuvré au sein du milieu psychiatrique en région montréalaise ainsi qu’en Belgique. Depuis 1998, il exerce en pratique privée à la Clinique de PsychoSexologie de Québec. Monsieur Auclair a développé une expertise relative aux troubles sexuels ainsi qu’aux problématiques psychologiques chroniques. Ses intérêts de recherche portent sur les schémas cognitifs et les addictions sexuelles.
Pour rejoindre David Auclair à son bureau de Québec : 418.686.1600
