LA MATRICE ET LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

LA MATRICE ET LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE
Un certain point de vue, un certain regard sur notre expérience

La thérapie d’acceptation et d’engagement

Par Luc Sévigny

VIDÉO DE PRÉSENTATION DE LA MATRICE I

Souvenons-nous premièrement que la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (l’ACT comme dans Acceptance and Commitment Therapy et qui se prononce l’ACT comme dans le premier acte ou dans passer à l’acte) vise ou souhaite le développement de la flexibilité psychologique. Nous pouvons définir la flexibilité psychologique comme étant le contraire de la rigidité psychologique. Mais d’une façon un peu plus élaborée l’ACT définit cette flexibilité psychologique dans une phrase : la flexibilité psychologique, c’est notre capacité de faire des actions, poser des gestes qui sont en lien, en congruence avec nos valeurs, avec ce qui est important pour nous, malgré nos obstacles intérieurs. Un exemple concret : les relations humaines sont très importantes pour une personne mais son anxiété sociale et sa phobie sociale font obstacle à cette valeur et l’amène à éviter les situations sociales, par exemple ne pas aller au 5 à 7 où elle est invitée. En n’allant pas au 5 à 7, en utilisant l’outil « ne pas aller au 5 à 7», cette personne s’éloigne de son expérience d’anxiété (de 5hres à 7 hres, elle ne sera pas anxieuse, elle sera calme, chez elle). Elle se retrouve sans anxiété de 5 à 7 (*). La flexibilité psychologique pourrait par exemple l’amener à choisir de faire des actions concrètes (comme par exemple aller à ce 5 à 7) malgré son expérience désagréable d’anxiété. Un exemple qui peut avoir l’air boiteux qui prendra son sens au fil du présent texte.

Cette flexibilité psychologique est ainsi globalement définie en une phrase mais a été plus spécifiquement définie en six points. Ce qui permet à la personne d’être plus flexible sont ces six points. Afin de les illustrer, l’ACT a élaboré un outil graphique qu’elle a nommé L’HEXAFLEX.

En voici donc le graphique :

L’HEXAFLEX : LES SIX PARAMÈTRES DE LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

 

 

 

 

 

 

 

 

En cheminant vers une plus grande capacité de flexibilité psychologique, je présupposerais que je passe d’un état de rigidité psychologique vers un état de plus grande flexibilité psychologique.

Graphiquement, cela pourrait être représenté ainsi :

DE LA RIGIDITÉ VERS LA FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

 

 

Au fil des recherches, des observations et des expérimentations, certains autres chercheurs/praticiens ont élaboré un outil qui permet de cheminer dans le sens de cette flexibilité psychologique mais d’une façon beaucoup plus simple.

Cet outil, c’est LA MATRICE.

Voici graphiquement cette Matrice :

LA MATRICE VIERGE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Beaucoup plus simple, vous ne trouvez pas?!?!

Une croix. Quatre sections.

Voici maintenant la matrice avec quelques indications pour la compléter :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous voulez vous imprimer une matrice vierge, cliquer ICI.

Si vous voulez vous imprimer une matrice avec les indications, cliquer ICI.

 

Allons-y une section, un cadran à la fois.

Le premier cadran (1), en bas à droite ou BD), pose certaines questions : Qui est important pour moi ? Qu’est-ce qui est important pour moi ? L’ACT oriente son travail dans le sens de ce qui est important pour la personne. Ma conjointe. Mon conjoint.  L’amour.  Mon travail.  Apprendre. La bonté. Le sport. Les amis. L’argent. Le sexe. La famille. Les études. L’intégrité. La générosité. Le respect. L’empathie…  Il n’y a pas de mauvaises ou de meilleures réponses ou de moins bonnes réponses. Tout se passe entre vous et vous. Authentiquement, qu’est-ce qui est important pour vous ?

C’est ici que l’on voit que, concrètement l’ACT travaille à partir des valeurs de la personne, de ce qui est important pour elle.  La démarche ACT est orientée vers les valeurs de la personne.

Le deuxième cadran (2), en bas à gauche ou BG), pose certaines autres questions : Quels sont mes obstacles intérieurs à être toujours en accord avec ce qui est important pour moi ? À vivre en congruence avec ce qui est important pour moi ?

Notons que nous pouvons classifier les obstacles en deux groupes : les obstacles extérieurs et les obstacles intérieurs. Si la famille est quelque chose d’important pour moi, mais que je peux  rarement souper en famille parce que ma famille est à Montréal et que je travaille à Québec, j’ai  à faire à un obstacle extérieur, qui est ici la distance. Nous les nommerons obstacles extérieurs parce qu’ils sont à l’extérieur de la personne.

D’un autre côté, les obstacles intérieurs sont tous ces obstacles qui se déploient à l’intérieur de moi. Mes pensées, mes émotions, mes sensations corporelles, mes souvenirs et toutes mes expériences intérieures qui peuvent apparaître et faire de l’obstruction, m’empêcher de faire les actions qui m’approcheraient de qui ou quoi est important pour moi. Si la famille est importante pour moi, que nous habitons tous la même ville (donc pas d’obstruction extérieure de distance) mais que la seule pensée d’un souper de famille déclenche chez-moi des souvenirs d’une dispute  que j’avais eu avec mon père il y a plusieurs années et que ces souvenirs m’incitent à refuser toutes les invitations à venir souper en famille, on parle ici  d’obstacle intérieur : les souvenirs et l’anxiété.

Qu’est-ce qui apparaît et peut faire  de l’obstruction ? De la colère. De la tristesse. De la dépression. De l’anxiété. Des phrases (« je ne serai jamais capable », « Je ne les mérite pas », etc.). Des souvenirs. …  Notez que là non plus, il n’y a pas de mauvaises, de moins bonnes ou de meilleures réponses.  Tout se passe authentiquement entre moi et moi.

Nous pourrions dire que dans ces deux premiers cadrans, on fait référence à  notre vie intérieure. Il y est question de choses que personne d’autre que moi ne peut observer ou expérimenter. J’en suis le seul témoin. Dans les deux derniers cadrans (deux cadrans supérieurs), on fera référence à notre vie extérieure. On réfère aux actions, aux comportements. Il sera question d’actions que les gens peuvent vous voir faire, observer, que quelqu’un pourrait filmer avec une caméra.

Le troisième cadran (3), en haut à gauche ou HG) pose une autre question : Quels actions est-ce que je fais pour m’éloigner de mes obstacles (obstacles BG) ou lorsque mes actions (HG) sont sous le contrôle de ces obstacles (BG)? Pour m’éloigner de cette anxiété, de cette dépression, de cette tristesse, de cette colère, etc. ? Que peut-on me voir faire lorsque je suis dominé par ces obstacles, lorsque mes actions sont sous le contrôle de ces obstacles ou lorsque je fais des actions qui me permettent de m’éloigner de ces obstacles ?

Pour ne pas me souvenir de cette dispute ou pour ne pas revivre cette dispute avec mon père, pour m’en éloigner, que vais-je faire ? Je peux ne pas aller pas à ce souper.  Je fais des heures supplémentaires au bureau. Je bois de l’alcool. Je vais m’entraîner au gym de façon extrême.  Je fais des blagues.  Je fais du ménage d’une façon compulsive. Etc.  Toutes sortes d’actions qui m’aideront à m’éloigner de mes obstacles, de mon mal-être.

Deux petits points à noter ici :

À noter que les « outils »  que l’on utilise afin de s’éloigner de nos obstacles nous éloignent AUSSI souvent de ce qui est important pour nous, simultanément. Nous n’utilisons pas ces outils pour nous éloigner de ce qui est important pour nous intentionnellement… mais souvent, ces outils nous en éloignent quand même.

À noter que ces « outils » amènent souvent un mieux être rapidement, sur le coup et momentanément. Ces outils, ces actions d’éloignement, font en sorte par exemple que je n’aurai pas de souvenirs angoissants pendant cette action, (mieux être rapide).  Mais le lendemain soir, ou lors du prochain souper de famille, j’en serai au même point. Tout sera à refaire. Tout va (ou risque de) recommencer, l’anxiété, la colère, la peur, les insomnies, etc. En n’allant pas à ce souper, en allant au gym (pour faire baisser la charge anxieuse et penser à autre chose) pour ne pas ressentir cette angoisse, en prenant de l’alcool, etc., je n’aurai pas appris à composer avec cette expérience, avec ces obstacles. Pas appris à composer avec ce dilemme intérieur entre mon amour pour ma famille et ces souvenirs angoissants. Je n’aurai pas développé d’autres outils. En d’autres mots, je n’aurai pas fait de pas ou d’actions pour me rapprocher de ce qui est important pour moi. J’en serai au même point et tout sera toujours à refaire.

Le quatrième cadran (4), en haut à droite ou HD) pose une autre question : Quelles actions est-ce que je fais ou pourrais-je faire  pour m’approcher de ce qui est important pour moi ? Quelles actions, quels comportements est-ce que j’ai lorsque mes actions sont en accord avec ce qui est important pour vous ?  Quand mes actions sont en congruence avec ce qui est important pour moi.

Peut-être … aller à ce 5 à 7. Parler davantage aux humains qui m’entourent. Être plus souriant avec les gens. Être plus aidant avec les gens. Méditer. Aller au gym. Travailler. Souper en famille. Lire. Écrire.  Être attentif à ma conjointe. Etc. Encore une fois, il n’y a pas de mauvais choix, de moins bonnes réponses ou de meilleures réponses. Tout se passe en toute authenticité entre vous et vous.

Il est ici question d’actions engagées, d’actions concrètes et observables. Si le cadran BD (en bas à droite) parle de ce qui est important pour moi, le cadran HD parle des pas (concrets) que je peux faire pour m’en approcher. Le cadran BD est comme l’aiguille de notre boussole et ce que je vais y écrire est comme mes points cardinaux. Je vais écrire dans le cadran HD les actions engagées, les actions concrètes, les pas, les objectifs qui iront dans le sens des points cardinaux.  Nous y retrouverons plus souvent des verbes d’action et des objectifs. Les verbes d’action ne sont pas des valeurs mais plutôt des façons, des pas que l’on peu faire pour s’en approcher et que l’on peu ensuite cocher (Bon ! C’est fait ! Comme dans une « check list »). On ne peu pas cocher une valeur ou un point cardinal. On peut cocher les actions que l’on choisi de faire pour s’en approcher.

Et enfin, la dernière question : qui est la seule et unique personne qui peut faire toutes ces observations et ces choix que ce soit en ce qui a trait à ma  vie extérieure ou à ma vie intérieure? Hé bien oui, il n’y a que moi-même qui peu faire toutes ces observations et tous ces choix quant à ma propre expérience de vivre. Il n’y a que la personne elle-même qui peut faire ce travail pour elle-même. Faire ces observations et faire ces choix.

Nous disons de cet outil, LA MATRICE,  est un point de vue. Le point de vue de l’ACT. Le point de vue de la flexibilité psychologique. Le point de vue de la matrice et J’observe mon expérience à travers ce point de vue, à travers cette matrice. À travers cette grille.

Toutes les approches ont un point de vue. L’ACT ne dit pas que ce point de vue est le seul ou le meilleur. L’utilisation de la matrice ne dit pas que dorénavant, vous devriez vivre du côté droit de la matrice, que vos comportements devraient toujours être en accord avec vos valeurs. Que le ciel est à droite et l’enfer à gauche… On ne parle pas  d’une philosophie de vie ou  d’une religion que l’ACT défendrait. Non non non. Tout ce que l’on sait et tout ce pourquoi nous encourageons l’utilisation de la matrice, c’est que les personnes, qui en utilisant la matrice, tendent dans leur vie à faire davantage de choix à droite plutôt qu’à gauche, témoignent de se faire une vie plus nourrissante et d’être plus heureux. Tout simplement. Cette affirmation est documentée par une recherche étayée (ACBS).

J’entends les lecteurs penser, remettre en question, protester. C’est très bien. Je vais essayer de répondre aux questions les plus courantes afin d’expliquer plus avant.

– Oui mais … vous êtes en train de me dire qu’en choisissant d’aller au 5 à 7, ma difficulté d’anxiété va être réglée ???? Pas certain d’acheter ça…

Vous avez tout à fait raison de douter. On ne sous-entend pas que d’aller quelques fois à un 5 à 7 va régler mon problème d’anxiété sociale. Même si, ce faisant, je peux améliorer mon état (ma difficulté relationnelle) en confrontant mes peurs et en faisant ce que les psychologues appellent de l’exposition. À l’étudiant en musique qui souffre d’un trac de la scène, les professeurs de musique savent depuis des siècles que la première chose à faire pour aider cet étudiant est de lui faire faire le plus de récitals que possibles. Tout simplement.  Avec le temps, et l’exposition, son trac de la scène va diminuer.

Ce que l’on propose ici est différent.  Ce que l’on propose ici, est de faire fonctionner mon cerveau d’une façon qu’il n’a pas l’habitude de faire.  Je fais pratiquer à ma tête quelque chose qu’elle n’a pas l’habitude de faire.

Explications :

Naturellement, ce sont nos patterns qui « mènent nos vies » (je grossi ici, pour l’exemple). Si je suis anxieux, je demeure à la maison. Si je suis colérique, je me choque régulièrement. Si j’ai un faible estime de moi, j’aurai peine à m’engager dans de nouvelles tâches, dans de nouvelles relations. Etc. Naturellement, spontanément, nous allons « agir » nos patterns.

– Mais alors, que peut-on faire pour changer ça si c’est cela qui est naturel ???

Hé bien, nous pouvons OBSERVER ET CHOISIR.  Que puis-je mettre en opposition aux patterns ?  Je peux mettre « CHOISIR ».  Sur une polarité, si à une extrémité y sont inscrits les PATTERNS, qu’y a t’il à l’autre bout ?  Il y a « CHOISIR ».

 

SUR UNE POLARITÉ…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est là que se situe la matrice. Un point de vue sur notre expérience qui nous incite à observer et à choisir dans le sens de ce qui est important pour nous. C’est ça l’exercice (et pas simplement d’aller ou pas au 5 à 7…).  D’aller au  5 à 7, c’est le résultat.

Évidemment, puisque de laisser nos patterns diriger notre vie est ce que nous faisons naturellement, l’exercice de la matrice, l’exercice d’observer et de choisir n’est pas naturel. Nous disons de tout cela que c’est quelque chose de contre-instinctif, contre-naturel. Au début et pour une période plus ou moins longue, c’est un choix que l’on fait. C’est donc normal que  ça ne vienne pas naturellement. Ça ne vient pas tout seul. Il ne faut pas s’en étonner et avoir l’impression d’être inadéquat.

Ce que l’on souligne ici, ce qui est particulier et ce qui va être aidant c’est de pratiquer à s’observer et à choisir à travers cette matrice. S’observer et choisir. S’observer et choisir. S’observer et choisir.  Observer et choisir pourrait être comparé au musicien qui pratique ses gammes et arpèges.  Une pratique régulière.

Nous parlons alors de développement de compétences. Une compétence, c’est comme apprendre à jouer du  violon ou apprendre à patiner. C’est la pratique et la répétition qui vont amener ma tête à considérer la vie autrement et ce que l’on souhaite, ce que l’on vise, c’est de passer (lentement mais sûrement) du conditionnement aversif au conditionnement appétitif. C’est de vivre de plus en plus d’expériences de vie du côté droit de la matrice.  Plutôt que de vivre soit en évitant les expériences désagréables ou soit « sur le pilote automatique », j’apprends à vivre en choisissant. En observant et en choisissant quoi ??? En choisissant ce qui est important pour moi.

Il est important de noter que ces questionnements quant à ce qui est important pour moi s’adressent aux petites choses de la vie autant qu’aux grandes choses de la vie.

En m’ouvrant les yeux le matin : Est-ce que je demeure couché ou je me lève ?  Quel est mon choix. Est-ce que je mets de l’ordre dans mes affaires ou je remets à plus tard? Qu’est-ce que je choisis ?

En me brossant les dents, je pense à ma mauvaise nuit de sommeil et je « bougonne ». Est-ce que cette attitude mentale de bougonner est vraiment ce que je veux ? Ça m’approche ou ça m’éloigne de la personne que je veux être, de ce que je veux vivre ? De bougonner, ça m’approche de quelque chose ?

En conduisant la voiture et en me faisant dépasser par la droite, je sens la colère monter en moi et j’arrive malgré tout à me poser la question « C’est vraiment ça que je veux ?  Ça m’approche de quoi de me choquer ainsi ?  Est-ce que ça m’approche de ce qui est important pour moi ? »

Vous voyez que la matrice se pratique, cette compétence ne se pratique pas uniquement avec les grands enjeux de la vie ou lors des moments de haute tension, d’anxiété ou de colère. La matrice, la flexibilité psychologique, cet exercice de s’observer et de choisir (plutôt que de laisser nos patterns diriger notre vie) se pratique avec les grandes comme avec les petites choses de la vie. En fait, j’encourage mes clients à pratiquer surtout avec les petites choses. Les petits choix qui sont porteurs de moins de tension et de charge. Si je pratique avec toutes ces petites choses de la vie, lors de tous ces petits moments de la vie qui sont moins ou pas du tout chargés émotionnellement, ma tête saura davantage comment faire, ma tête connaîtra le chemin lorsque je voudrai pratiquer, lors de moments plus chargés, plus intenses et plus difficiles. La métaphore que j’utilise souvent pour faire image est « n’attendez pas la journée du concert pour pratiquer!!! ». Ça sera beaucoup plus difficile de bien jouer, de jouer comme vous le pouvez, de jouer à votre goût, d’être le musicien que vous voulez être comme la personne que vous voulez être, d’être fidèle à vous-même si vous pratiquez uniquement lorsque vous vivez une expérience intense ou désagréable,lorsque « ça va mal ». Si vous pratiquez votre violon tous les jours, lorsqu’il n’y a pas de tension, lorsqu’il n’y a pas de public, lorsque vous êtes  seul dans le studio de pratique, votre corps, votre coeur et votre tête apprennent ce qu’il y a à  faire et comment le faire. Ils apprennent le chemin. Lorsqu’ils seront en situation de stress avec un public dans la salle, ils n’en seront pas à leurs premières armes, à leurs premières expériences. Vos doigts connaîtront le chemin sur la touche du violon. Vous aurez développé des références. Vous serez davantage capable de faire des choix quant à votre jeu, votre vibrato, vos nuances, etc..  Plutôt que de vivre une expérience  « sauve qui peut », plutôt que de « sauver les meubles » , vous serez peut-être davantage capable de faire des choix qui sont cohérents avec la personne que vous voulez être.

 

C’est la même chose en ce qui concerne la pratique de la matrice et de la flexibilité psychologique. Vous pratiquez lors de tous ces petits moments de la vie. Petits moments qui ont l’air sans importance. Mais pendant ce temps, votre tête pratique. Elle pratique quoi ? Elle pratique à observer et choisir. Elle pratique la flexibilité psychologique.  Elle fait ses gammes.

N’oubliez pas que vous êtes la seule personne qui puisse  faire cette pratique. La seule personne qui puisse  faire ces observations quant à votre vie intérieure et vos choix.

Comme je le disais, il est question de développement de compétences. La bonne nouvelle avec le développement de compétences est que plus on pratique et plus on va faire des progrès. Je ne ferai pas les mêmes progrès si je pratique 10 fois par jours, 10 fois par semaine, 10 fois par mois ou 10 fois par année. Le changement est possible. Je ferai autant de changement que ma motivation m’amènera à choisir de pratiquer. Nos patterns n’ont pas obligatoirement le contrôle sur nos vies. La mauvaise nouvelle est que, c’est certain qu’au début, lorsqu’on commence à développer une nouvelle compétence, nous sommes tous plutôt … gauches. Pas très à l’aise et spontanés. Indécis. Hésitants. Normal ! Avez-vous déjà entendu un enfant jouer du violon pour la première fois ??? Essayé d’en sortir un son ??? Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez chaussé des patins ??? Le nombre de fois où nous sommes tombés sur la glace ! Toute cette insécurité de tomber ! Mais le petit violoniste comme le petit patineur continue à pratiquer parce que ça lui tente, parce qu’il est motivé à mieux jouer ou mieux patiner. Ils ont tous les deux une motivation qui est à long terme. Si la motivation n’était qu’à
court terme, tous abandonneraient rapidement. En étant orienté par le long terme (bien jouer du violon, jouer le concerto de Beethoven, être admis au Conservatoire, etc.) tout comme en étant orienté par nos valeurs (BD de la matrice : apprendre, la famille, les amis, la bonté, la santé, etc.), la personne va davantage persévérer malgré les écueils, malgré les fausses notes, malgré les obstacles intérieurs, malgré les chutes sur la glace. La motivation n’est plus de ne plus avoir l’expérience désagréable intérieure (anxiété), ou de fausse note, ou de chute sur la glace, mais bien de se faire une vie qui soit nourrissante, agréable, stimulante, énergisante, de faire des progrès au violon ou de jouer un jour au hockey (même si la glace est dure…).

N’oublions pas que dans ce sens, l’erreur, l’hésitation, la chute sur la glace, la fausse note, etc., font partie de l’apprentissage. On ne s’attend pas d’un tout jeune enfant qu’il parle parfaitement la première fois. Observez votre enfant ou votre neveux ou nièce tomber et retomber lorsqu’il apprend à marcher. En fait, c’est quand ils tombent par terre et qu’ils se relèvent qu’ils se font faire le plus de sourires et d’encouragements (de renforcements positifs). Vous traitez-vous ainsi lorsque vous pratiquez une nouvelle compétence ? Vous faites-vous autant de sourires et d’encouragements à toutes les fois où l’apprentissage est difficile, où vous vous sentez gauche, maladroit, tombez sur la glace ou faites une fausse note ? Ou plutôt vous traitez-vous sévèrement ? Vous critiquez-vous ? « Incompétent, lent, niaiseux, incapable, stupide, etc. »  C’est ainsi que votre tête vous parle ? Ne vous en faites pas, vous n’êtes pas seul(e) à agir ainsi. Bienvenue dans le club des humains ! Nous sommes très nombreux dans ce club. Avez-vous déjà pris conscience que toute cette auto-critique n’est que le fruit de notre tête ? C’est de la construction mentale. C’est notre tête qui nous parle ainsi. Ça n’existe pas dans la nature l’auto-critique, le sentiment de culpabilité ou de se comparer à l’autre. Avez-vous déjà vu une maman chat traiter ainsi son chaton ? « Non mais tu t’es vu ???!?! Quel imbécile !!! ». Avez-vous déjà vu un renard se taper ainsi sur la tête et se sentir coupable et incompétent ? Roulé en boule dans son terrier, il se tape sur la tête en pensant qu’il n’est pas un bon chasseur et qu’il aurait dû attraper ce lièvre aisément… « Non mais tu t’es vu ???!?! Quel imbécile !!! ». Jamais ! Le renard qui loupe le lièvre se remet tout simplement en chasse. Il se rapproche de ce qui est important pour lui. Naturellement, il fait et refait des actions engagées afin de s’approcher de ce qui est important pour lui. C’est-à-dire manger (BD). Et pour se rapprocher de ceci (de manger), il fait une action engagée qui est de chasser (HD). Et s’il échoue, il revient tout simplement à la charge en se trouvant une autre proie. Cent fois sur le métier…

Et n’oubliez pas, il n’y a pas de bonnes ou de moins bonnes ou de meilleurs choix.  L’important, l’essentiel de cette pratique est de S’OBSERVER ET DE CHOISIR, QUEL QUE SOIT LE CHOIX.

En terme d’étapes, cela ressemblerait à ceci :

Je commence par me donner du temps, me ralentir ou « peser sur pause ». Le temps est le premier outil. Personne ne peut observer le paysage réellement tout en roulant à 200 km/h. Nous devons nous ralentir ou nous arrêter, peser sur pause.

Ensuite, je tourne la lentille vers moi et j’observe. Comment observer ? En se posant « les questions de base ».

1) Pendant cet ici et maintenant-ci, suis-je en train de m’approcher ou de m’éloigner de ce qui est important pour moi ?

Voici différentes formulations : Pendant cet ici et maintenant-ci, suis-je la personne que je veux être ? Suis-je en accord avec moi-même ? Est-ce réellement cela que je veux ?

Cette question est représentée par l’axe horizontal.

N’oubliez pas, il n’y a pas de mauvaise réponse. Ne vous en faites pas, au début, on se sait pas trop si l’on s’approche ou si l’on s’éloigne. C’est normal. Attention de ne pas remonter dans votre tête ! Au début, cette question peut facilement nous amener à remonter dans notre tête et à rationaliser, à intellectualiser, à théoriser. Allez au plus simple, dans votre for intérieur, vous vous approchez de ce qui est important, de ce que vous voulez ou ne voulez pas ?

2) Pendant cet ici et maintenant-ci, suis-je dans le présent ou plutôt dans ma tête ?

Il est ici question de faire la différence entre le MOI PRÉSENT et le MOI PENSANT. Vous n’êtes pas certain de faire la différence ?

Voici un petit exercice pratique :

Avant de faire l’exercice, je vous demande de lire ce paragraphe. Vous allez centrer votre attention sur votre respiration et sur les sensations physiques qui y sont reliées. L’air frais dans les narines. Les côtes qui bougent. Le ventre qui bouge. Simplement ces sensations. L’air qui entre et l’air qui sort par les narines. Cet expérience, cette attention est dans le présent. Inévitablement vous allez remarquer que votre tête va détourner votre attention de ces sensations pour se centrer sur autre chose, penser à autre chose. Prévoir demain. Se souvenir d’hier. Résoudre une difficulté. Simplement se parler intérieurement (« …non mais il est ronflant avec son exercice… » par exemple). Dès que vous en prendrez conscience, vous pourrez choisir de ramener votre attention à votre respiration.  Vous continuez à respirer et à porter votre attention sur votre respiration jusqu’à ce que votre tête détourne encore votre attention et vous amène dans votre tête à penser à autre chose.  Dès que vous en prendrez conscience, vous pourrez choisir de ramener votre attention à votre respiration. À chaque fois que vous prendrez conscience que votre attention est orientée sur autre chose, sur une autre pensée, vous revenez à votre respiration.  L’exercice n’est pas de ne jamais quitter le moment présent.  Cela serait un objectif impossible à atteindre.  La tête, le cerveau est fait pour penser et il va toujours penser.  L’exercice est plutôt de revenir dans le moment présent à toutes les fois que vous l’avez quitté.  Hé bien, vous avez fait l’expérience de ce qu’est LE MOI PRÉSENT et LE MOI PENSANT.  Vous êtes passé quelques fois du MOI PRÉSENT au MOI PENSANT.

Allez-y ! Faites l’exercice et je vous retrouve tout de suite après.

Vous avez fait l’expérience (et non pas l’unique compréhension intellectuelle) de ce qu’est le moi présent et le moi pensant.  La différence d’expérience entre les deux.

Évidemment, nous avons une tête et c’est une très bonne chose de s’en servir. Évidemment. Si j’ai une équation mathématique à faire et que je ne suis pas dans ma tête, que je ne peux utiliser ma tête, je vais avoir de grandes difficultés à compléter cette équation. Ce dont il est question ici, est de passer tellement de temps dans notre tête que nous pouvons perdre une certaine qualité de contact avec le présent. Ma tête pourrait par exemple interpréter mon présent. Ma tête pourrait penser à la place de l’autre. Ce que ma tête me dit sur mon expérience pourrait prendre le dessus sur mon expérience.

Nous y reviendrons dans d’autres textes.

L’exercice de l’observation est en soit l’exercice premier et le plus important car il me permettra éventuellement de CHOISIR. C’est en observant si ce que je suis en train de vivre m’approche de ce qui est important pour moi ou pas, ou si cela m’éloigne de mes obstacles que je pourrai dans un deuxième temps choisir le comportement que je veux faire, l’action que je priorise, l’action qui va dans le sens de ce qui est important pour moi, quelle que soit cette action. Nous en revenons donc aux toutes premières lignes de ce texte qui présentait le but de l’ACT, soit la FLEXIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE qui est notre capacité de poser des gestes qui sont cohérents, qui vont dans le sens de ce qui est important pour nous malgré nos obstacles intérieurs.

N’oubliez pas qu’IL N’Y A PAS DE MAUVAISES OU DE MOINS BONNES RÉPONSES. L’important est d’observer et de choisir. À cette étape-ci de ma vie, c’est ceci que je vais choisir et à cette autre étape-là de ma vie, ça sera peut-être cela que je choisirai…  Nous verrons bien.

Bonne pratique !
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* Ces comportements peuvent être considérés comme étant des outils. Dans telle situation, dans telle expérience intérieure j’utilise tel outil ou j’ai tel comportement, je fais telle chose (je vais au gym, je bois de l’alcool, j’invite des amis à souper). Ce comportement a la fonction de m’éloigner de ma souffrance. C’est sa fonction dans ce contexte. C’est à cela qu’il sert (c’est sa fonction) dans cette situation (dans ce contexte).